Alors que plus d’un million de tests PCR sont réalisés par semaine, les labos n’arrivent pas à gérer le flux de personnes. Conséquences : les délais s’allongent, ralentissant l’identification des cas contacts. La situation semble incontrôlée.
En rentrant du boulot ce jeudi soir, il
est pris d’une très grande fatigue, accompagnée d’un mal de tête et d’une
douleur à la gorge. Le lendemain, Grégoire passe sa journée à dormir. Mais, en
soirée, un malaise vagal l’assomme littéralement. Inquiet, le jeune homme de
35 ans appelle SOS Médecins. Le toubib lui prescrit un test du Covid-19.
Il s’exécute le lendemain. « Je ne suis pas allé dans les labos,
complètement saturés, dit-il. Je me suis rendu dans le barnum
installé dans le 18 e arrondissement de Paris. »
Après plus de deux heures d’attente, il
réalise un test PCR (par le nez). « On m’a dit que j’aurai les
résultats d’ici 36 heures. Je ne sais plus si on m’a conseillé de rester
chez moi, mais ça me semblait évident. » Il espère avoir les résultats
au plus vite. Car, depuis plusieurs semaines, la saturation des laboratoires
d’analyse entraîne l’allongement des délais pour obtenir les résultats des
tests. En province, la situation n’est guère plus reluisante. Des labos ne
prennent pas de rendez-vous jusqu’à la semaine suivante. Des médecins de ville
n’arrivent plus à les joindre. Selon Santé publique France, le délai moyen
entre la date de début des symptômes et celle de prélèvement était, le 23 août
dernier, de 3,3 jours contre trois jours début août.
Le résultat de « la désorganisation des autorités »
Le 2 septembre, le ministre de la
Santé annonçait que plus d’un million de tests PCR par semaine sont dorénavant
réalisés. On pourrait se réjouir d’une telle nouvelle, sauf que la machine
déraille sérieusement. En cause : la possibilité de se faire tester sans
ordonnance, sans symptôme et d’être remboursé, depuis le 25 juillet. « C’est
l’auberge espagnole ! » tempête l’épidémiologiste Catherine Hill. Elle déplore une absence de stratégie des
dépistages, résultat de « la désorganisation des autorités qui ont
lancé les choses mais ne gèrent pas ».
L’un des problèmes provient, selon elle,
des asymptomatiques. « La moyenne des contaminations vient de ces
personnes », rappelle-t-elle. Les données de Santé publique France
montrent que, sur cinq cas positifs, un seul est en contact avec un cas positif
connu. Logiquement, Catherine Hill calcule qu’en multipliant le nombre de cas
trouvés par cinq, on ne trouve aujourd’hui qu’un cinquième des cas positifs.
Elle interroge : « Comment trouver les quatre cinquièmes qui échappent
à la surveillance – dont la plupart ne savent pas qu’ils sont
positifs – et qui contaminent autour d’eux ? » Surtout,
l’accroissement des délais rend les résultats des tests caducs. « On
isole les malades lorsqu’ils ne sont plus contagieux ! »
Un « gaspillage monumental de l’argent public »
L’épidémiologiste regrette le « gaspillage
monumental de l’argent public » orchestré par le gouvernement :
250 millions d’euros par mois pour réaliser des tests dont les résultats
arrivent après 48 heures, et donc « trop tard ». Elle prône la
mise en place de tests groupés : disposer dans un seul tube le prélèvement de
vingt personnes et observer si le virus circule ou non. Et aussi des tests
salivaires, plus faciles à prélever, dont les résultats sont connus au bout de
quelques minutes. « Toutes ces techniques devraient être réalisées afin
de trouver les personnes contagieuses dès le début, sans attendre que les
premiers symptômes arrivent, en général au bout de cinq jours. »
À titre comparatif, tous les pays ayant
testé très largement dès le début, comme la Corée du Sud, la Chine,
l’Australie, Taïwan, Hong Kong ou encore l’Allemagne dans une moindre mesure,
ont réussi à mieux contrôler l’épidémie. Avec 24 millions d’habitants,
Taïwan n’a eu à déplorer que 7 morts. La France, au 20 avril,
trouvait un cas positif pour trois personnes testées. « Les tests
étaient donc utilisés sur des personnes qui avaient de très fortes probabilités
de porter la maladie », constate Catherine Hill. Au même moment, Taïwan et
Hong Kong enregistraient un test positif pour cent. L’Australie, la
Nouvelle-Zélande et la Corée du Sud comptaient, quant à elles, deux pour cent
de positifs. « En juin dernier, Pékin observait une résurgence de
l’épidémie. Une partie de la ville a été confinée et 2,5 millions de tests
ont été réalisés en dix jours. Ils ont trouvé l’aiguille dans la botte de
foin : 227 cas positifs. Soit un cas pour 10 000 personnes testées.
Aujourd’hui, ils contrôlent l’épidémie. Ce que la France n’a jamais su faire. »
Nadège Dubessay

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