Tout le monde a dans la tête les images de la ville de Détroit ravagée par
la crise de l’industrie automobile américaine. Les usines Ford, Chrysler et
General Motors, les fameux Big Three, fermées. Des dizaines de milliers de
personnes au chômage et des dizaines de villes aux alentours en faillite. Ce
cauchemar, Michael Moore le raconte à propos de sa ville de Flint, dans son
film Roger et moi. Un scénario que refusent les Toulousains.
Airbus est l’un des poumons économiques de la région et le plan prévu de
suppression de 15 000 emplois, dont près de 5 000 en France, ainsi que la
réduction de la voilure en termes de production d’appareils vont toucher toutes
les familles. D’autant que, avec la sous-traitance, dans la région Occitanie,
l’industrie aérospatiale représente 110 000 des 360 000 salariés que compte la
filière en France. Exemple : à Figeac, dans le Lot, près d’un tiers des 10 000
habitants travaillent dans la sous-traitance aéronautique. Et on annonce une
cascade de plans sociaux (Sogeclair, Scalian, Daher…) et d’accords de
performance collective chez Derichbourg et d’autres afin de diminuer le « coût
salarial ».
Mais, Airbus n’est pas le Big Three. Au
capital d’Airbus, il y a les États allemand, espagnol et français pour 25 %, ce
qui met le géant relativement à l’abri de toute offensive spéculative. Airbus
ne fabrique pas des biens de consommation courante, mais des avions dont la
durée d’exploitation est de plusieurs dizaines d’années. Le géant aéronautique
bénéficie également d’un soutien financier de l’État de près de
15 milliards d’euros. Dans ce contexte, même fragilisé par la crise du
Covid, Airbus pourrait penser le long terme. D’autant que nombre de questions
sont posées depuis longtemps quant à l’avenir de l’aéronautique. Par exemple : « Quel
avion de demain performant, écologique ? »
Le plan annoncé, loin de penser l’avenir
industriel et technologique, est surtout calibré pour l’immédiateté des marchés
financiers et des cours de Bourse. C’est pour cette raison que le plan est
contesté avec une telle vigueur, comme l’ont prouvé les manifestations d’hier à
Toulouse et Hambourg. Non, vraiment, Toulouse n’est pas Détroit et Figeac ne
sera pas Flint.
Par Stéphane Sahuc

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