Le premier ministre a tenté de convaincre
en enfilant son costume d’élu local.
Le premier ministre a usé du mot « territoires » à 30 reprises en une heure
devant le Sénat, où il a renouvelé jeudi sa déclaration de politique
générale. « La France des territoires, c’est la France de la proximité,
à laquelle nous devons impérativement faire confiance », a insisté Jean
Castex, qui comme la veille à l’Assemblée nationale – où il a employé le terme
en moyenne toutes les deux minutes – a joué à plein la carte de l’élu local. Si
les contours de la future réforme 3D (pour décentralisation, déconcentration,
différenciation) n’ont pas été précisés, le chef du gouvernement a annoncé la
reprise des « concertations » entreprises en janvier par la ministre Jacqueline
Gourault. Sans en attendre le résultat, le droit à la « différenciation » sera
consacré dans une loi organique distincte présentée avant la fin du mois en
Conseil des ministres, a-t-il ajouté, confirmant dans la foulée que les
créations d’emplois publics seraient consacrées aux départements, et non pas à
l’administration centrale.
Mais c’est une autre annonce de Matignon – hors Hémicycle – qui a fait
bondir les associations d’élus : « une baisse massive » de 20 milliards
d’euros (sur 70 milliards) en deux ans des impôts de production, pour
cause d’ « attractivité ». Or les collectivités, avec la cotisation
sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE), comptent parmi les principales
bénéficiaires. Et l’engagement d’une compensation intégrale peine à convaincre
des territoires échaudés par de précédentes promesses non tenues. « C’est
presque un tiers de nos recettes, on ne peut pas parler de relance
et assécher nos ressources », a prévenu dès le début de la semaine Renaud
Muselier, président (LR) de Régions de France.
Sur les bancs de la chambre haute, les critiques se sont aussi fait
entendre. « Sur le fond, vous gardez le cap », a pointé la
sénatrice PCF Éliane Assassi, objectant qu’ « il n’y aura pas de reconstruction
sans répartition des richesses, et sans un nouveau partage du travail ».
L’élue de Seine-Saint-Denis a aussi mis en garde contre « le concept de
différenciation, source de ruptures d’égalité », tandis que le socialiste
Patrick Kanner évoquait la « déception » de ceux qui
attendaient un « nouveau chemin ». Mais le Sénat n’a pas été invité
à exprimer par le vote sa confiance à l’égard du gouvernement, contrairement
aux députés, dont 345 ont accordé leur voix à Jean Castex (177 ont voté contre
et 43 se sont abstenus). Un petit effritement au sein de la majorité puisque
Édouard Philippe avait obtenu 370 votes favorables en 2017, puis 363 en 2019.
Julia Hamlaoui

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