Le 14 juillet
est désormais le contraire de sa signification profonde. Cette fête de la prise
de la Bastille, date symbole de la fin de la monarchie absolue et de la
souveraineté populaire, est accaparée par un président monarque qui distille
ses orientations avant même la déclaration de politique générale du premier
ministre. Fête de l’égalité, elle est bafouée par le refus d’une nouvelle
fiscalité permettant de progresser vers la justice, maquillée par le refus
« d’augmenter les impôts ». Elle est la fête de la liberté alors que
les libertés sont chacune mises en péril. Elle est la fête du peuple alors que
le président est caché derrière un défilé militaire. Et l’événement, annoncé à
grand renfort de trompettes médiatiques, n’accouche que d’un entretien lors
duquel le président aura cherché à faire oublier ce qu’il racontait il y a tout
juste quelques semaines.
Le sujet, on
l’aura compris, était la « relance ». Le pouvoir, accompagné par la
cohorte d’éditorialistes stipendiés, n’a que ce mot à la bouche. On comprend
bien leur intérêt : tout doit repartir dans les conditions qui précédaient
la crise sanitaire. Avec les mêmes avantages indus, les mêmes inégalités, le
même pouvoir actionnarial, la même fiscalité. Pire, la crise doit être le
levier d’un approfondissement de toutes les caractéristiques du modèle de
développement néolibéral. Il ne s’agirait donc que de « relancer la
machine », après que les mesures de chômage partiel aient, heureusement,
soutenu la rémunération des travailleurs mais aussi gelé une grande partie de
la force de travail mise à disposition du capital. Il est loin d’être acquis
que les français, échaudés par ces mois de confinement et spectateurs d’une
débâcle économique et d’un tsunami social, s’en satisfassent.
Le président
de la République aura incidemment lâché sa vérité . Pour pallier à l’hémorragie
sociale qui produit déjà ses ravages, il faudra, dit-il, « créer des
emplois dans les secteurs dynamiques ». Autrement dit dans les secteurs à
forts rendements pour le capital. On comprend donc qu’il ne s’agira en aucun
cas de répondre aux besoins humains et écologiques, à organiser la production,
à réindustrialiser le pays, mais à laisser faire le marché capitaliste, à
épouser sa dynamique morbide. Ce même marché dont le président s’est félicité
que ses actionnaires, baptisés « investisseurs », aient trouvé en
France un terrain propice grâce à une fiscalité toute dédiée. Pas question donc
de modifier le système fiscal de telle sorte que l’effort soit partagé.
Non ! Dans le champ fiscal comme dans tant d’autres, il faut que le jour
d’après soit copie conforme du jour d’avant. En pire évidemment, puisque les
salariés des multinationales devront, elles et eux, admettre une baisse de
salaire pour pouvoir garder leur emploi.
Sous pression
populaire, le pouvoir a dû consentir à une hausse de salaire des agents
hospitaliers. Pour autant leur rémunération restera la plus basse de l’OCDE, ce
qui témoigne de l’inacceptable situation qui leur était faite sous les
ricanements du pouvoir. Mais l’urgence de plier en quelques jours ce
« Ségur de la santé », laissant au passage en suspens les
investissements nécessaires à la rénovation du secteur de la santé publique,
cache la volonté de mettre sous le tapis l’ensemble des revendications salariales
qui montent dans de tant de métiers, particulièrement ceux qui montrèrent leur
importance décisive au cœur du confinement. Au lieu d’une conférence générale
sur les salaires qui aurait porté les débats sur le partage de la valeur
ajoutée des grands groupes, le gouvernement laisse les entreprises user d’un
chantage à l’emploi rendu possible par les « accords de performance
collective » institués, en toute cohérence, par la refonte ultralibérale
du code du travail au début du mandat de M. Macron.
Ainsi, pour
les entreprises les plus exposées aux contrecoups de crise sanitaire, dans
l’aéronautique avec une filiale de Derichebourg, ou dans l’automobile avec
l’équipementier Valéo, l’Etat a mis en place l’outil parfait pour laisser place
au chantage à l’emploi : soit la porte, soit une baisse de salaire
évidemment maquillée de « dialogue social ». Où sont
l’interventionnisme tant promis par le ministre de l’économie, et le
« quoi qu’il en coûte » du président ? De vains mots pour faire
accepter la mise sous tutelle du pays par les forces d’argent.
Dans son
exercice d’autosatisfaction, le président est allé jusqu’à se féliciter d’un
plan de relance européen qui n’a pour l’heure rien de ficelé et qui, au mieux,
donnera aux marchés financiers de nouveaux pouvoirs sur le crédit. Quant à la
jeunesse, il souhaite s’en servir pour en faire le cheval de Troie d’attaques
contre les cotisations sociales, une nouvelle fois rabotées pour « inciter
les entreprises » à embaucher. Et les emplois aidés risquent fort de se
transformer en mesure ponctuelle pour offrir aux entreprises une main d’ouvre
bon marché, sans que cette expérience ne serve de tremplin vers des formations
qualifiantes ou un emploi salarié et correctement rémunéré. En lieu et place de
ces mesures incitatives, pourquoi ne pas imaginer un plan d’embauche massive de
la jeunesse dans les services publics, de la santé notamment, adossé à un plan
de formation ?
Au lieu de
renforcer le pouvoir des banques et des assureurs, la France devrait se battre
pour la création d’un fonds européen de développement humain et écologique
financé directement par la création monétaire de la Banque centrale européenne.
L’argent débloqué abonderait un fonds que le Commissariat au plan promis par M.
Macron pourrait démocratiquement prendre en charge, avec l’aide de la Banque
publique d’investissement.
Au lieu
d’attendre que le marché dicte la conduite à suivre, il serait opportun de
flécher dès maintenant les secteurs stratégiques, répondant de la souveraineté
industrielle, sanitaire et alimentaire du continent, de renforcer la protection
sociale des peuples européens au lieu de chercher à conforter à coups de
milliards les marges des multinationales dans l’attente d’un improbable
ruissellement.
Macron ne
veut, au fond, rien lâcher de son ambition à mettre le pays au pas du capital
mondialisé. Sa volonté persistante de mettre à bas le système de retraites
solidaires par répartition en témoigne.
Bref, les
salariés et la jeunesse n’ont rien à attendre de ce gouvernement. Contre
« la relance » des injustices, ils doivent se mobiliser pour une
refondation sociale et écologique, une transformation profonde de notre
société.
Le 14 Juillet
2020

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