Le premier ministre, lors de son discours
de politique générale, a validé la feuille de route tracée par Emmanuel Macron
en 2017, et tourné le dos à tout « nouveau chemin ».
Personne n’a une tête de « jour d’après ». C’est pourtant Jean Castex qui a
été choisi par Emmanuel Macron pour incarner le « nouveau chemin » que le
président de la République prétend vouloir emprunter. C’est à ce premier
ministre, encore inconnu il y a peu, qu’il revient d’affronter la crise
sanitaire, économique et sociale dans laquelle le Covid-19 a entraîné la France
et le monde. S’il n’y a rien de neuf à trouver dans le visage ou le parcours de
Jean Castex, il y a par contre des prises de parole qui ont marqué l’histoire.
Des discours qui constituent un « avant », et un « après ». Or, celui que le
nouveau chef du gouvernement a prononcé mercredi à l’occasion de sa déclaration
de politique générale devant l’Assemblée nationale n’avait strictement rien de
neuf. Ni sur le fond ni sur la forme.
Le premier ministre s’est donné 600 jours pour « protéger les
Français, leurs emplois et leur pouvoir d’achat face à la crise ». Mais aussi
pour « mettre l’écologie au cœur de notre action et de nos territoires »,
renforcer notre pacte social, et ouvrir la voie à la « France de demain ».
Comment entend-il procéder ? « C’est avec une nouvelle méthode que nous allons
prendre à bras-le-corps cette crise, avec comme priorité absolue la bataille
contre le chômage et pour l’emploi », indique l’hôte de Matignon. Jean Castex,
ancien « monsieur déconfinement » du gouvernement, tient ici à évoquer des
soucis de technique et d’organisation. « L’intendance ne suit plus ! » lance
aux députés celui qui se fait fort de mettre de l’huile dans les rouages et de
« simplifier les procédures ». Mais pour quel projet ?
40 milliards consacrés à l’industrie
Celui qu’Emmanuel Macron a présenté en 2017, pardi. « Il demeure plus que
jamais d’actualité », assure Jean Castex, qui n’a fait que préciser, un peu, ce
que le président de la République a présenté la veille, lors du
14 Juillet. Ainsi, le « plan de relance de 100 milliards d’euros »
sera constitué de 30 milliards déjà dédiés cette année à l’activité
partielle, auxquels s’ajouteront 8 milliards l’an prochain. Près de
40 milliards seront consacrés à l’industrie et à la transformation de
notre appareil productif. « Nous avons vu trop de nos fleurons passer sous
pavillons étrangers », regrette à ce sujet Jean Castex, sans souligner le rôle
joué par Emmanuel Macron lui-même dans la vente d’Alstom. Environ
20 milliards d’euros seront dégagés pour « la rénovation thermique des
bâtiments, les transports, l’alimentation locale et les technologies vertes de
demain », précise le premier ministre, qui veut « faire de l’économie française
la plus décarbonée d’Europe ». Enfin, environ 1,5 milliard d’euros seront
investis dans la formation. Voilà qui font 100 milliards d’euros.
Côté réformes, le premier ministre veut « aménager » celle de
l’assurance-chômage. Et reprendre celle des retraites. Il doit réunir vendredi
les « partenaires sociaux » afin d’en discuter, dans le « dialogue », la
« concertation », « l’écoute et la recherche du compromis », soit autant de
mots qui ont été vidés de leur sens par Emmanuel Macron, qui n’a fait
qu’imposer ses réformes à marche forcée contre l’avis des syndicats. Jean
Castex a aussi, c’était attendu, confirmé que le Conseil économique, social et
environnemental sera transformé en « conseil de la participation citoyenne »,
dans le but de « trouver des modalités de conciliation entre démocratie directe
et démocratie représentative ».
Il a rappelé que « le président de la République souhaite la création
rapide d’un commissariat général au plan », au motif que « nous avons perdu
notre capacité à planifier ». Et certifié que le « droit à la différenciation »
sera « consacré dans une loi organique », à travers une « nouvelle étape de
décentralisation ». Jean Castex assure ici que c’est « la France des
territoires qui détient les clés du sursaut collectif ». À voir, tant Emmanuel
Macron respecte très peu les promesses faites aux collectivités territoriales.
En attendant, Castex promet que « les élus locaux, les forces vives et les
citoyens seront acteurs du plan de relance. L’État sera partenaire et
financeur ».
Au rang des mesures d’urgence, le premier ministre a annoncé que
l’allocation de rentrée scolaire serait revalorisée dès septembre de
100 euros. Le plan pauvreté sera « amplifié ». « Dès la rentrée, les repas
dans les restaurants universitaires seront à 1 euro pour les étudiants
boursiers », ajoute-t-il. Pour lutter contre le chômage des jeunes, il se
félicite d’un « dispositif exceptionnel de réduction du coût du travail », avec
des exonérations de cotisations sociales jusqu’à 1,6 Smic pendant un an. La
plupart des annonces faites l’avaient déjà été par Emmanuel Macron auparavant,
ou même par d’autres ministres avant la crise, comme la création d’une
cinquième branche de la Sécurité sociale dédiée à la prise en charge de la
dépendance, ou la reprise d’une partie de la dette hospitalière.
« L’intendant d’Emmanuel Macron »
Très peu de nouveautés donc, et quasiment aucune inflexion. Jean Castex,
soulevant la question du « partage de la valeur dans les entreprises », a ainsi
« invité à une stricte modération de la distribution des dividendes » aux
actionnaires. « Ce n’est pas de la morale ou des invitations dont nous avons
besoin face au capitalisme, mais de lois contraignantes. Pour la casse sociale,
les macronistes savent faire des lois mais dès qu’il faut s’attaquer au capital
et mieux répartir les richesses créées, il n’y a que des “invitations” »,
s’agace ainsi le député FI éric Coquerel. « Nous attendions un discours
historique et audacieux. Nous avons eu une succession de poncifs, un discours
faible, qui aurait pu être prononcé il y a quinze ans. Le premier ministre
s’est donné pour mission d’être l’intendant d’Emmanuel Macron », regrette
également l’élu PS Boris Vallaud.
Les députés communistes, qui portaient tous des masques rouges dans un
hémicycle soumis à des règles d’hygiène stricte, ont dénoncé ce « nouveau monde
qui n’en est pas un ». « Nous avons eu des discours qui fanent l’espérance »,
mesure avec gravité leur chef de file, André Chassaigne, au sujet des prises de
parole du président puis du premier ministre. « Où est le souffle qui aurait pu
marquer l’histoire de notre pays ? Vos deux expressions ne font qu’aggraver la
défiance à l’égard du politique et de la démocratie. On ne ruine pas impunément
les espoirs qu’un peuple met dans un “monde d’après” différent. Il devait
s’ouvrir sur une voie nouvelle, elle n’est qu’un chemin de débris alors que
notre peuple attendait un chemin de semences », prévient l’élu PCF.
La droite a de son côté raillé le passage
de Castex, ancien membre de LR, chez Macron. Mais elle s’est écriée « enfin ! »
quand le premier ministre a confirmé sa volonté de présenter « un projet de loi
contre les séparatismes à la rentrée », pour lutter contre « l’islamisme
radical et les communautarismes ». Jean Castex a aussi annoncé vouloir créer
« dans les territoires des juges de proximité spécialisés dans les troubles
quotidiens à la tranquillité publique », qui « se sont développés » car « une
forme d’impunité s’est installée ». Une annonce qui a troublé dans les rangs de
la majorité. « Nous avons 600 jours pour redresser l’économie, éviter la
casse sociale, avancer concrètement sur la transition écologique. Je ne vois
pas du tout ce que le reste vient faire là-dedans », s’étouffe un député LaREM,
qui oublie bien vite que Macron prépare déjà 2022.
Aurélien Soucheyre

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