L’ex-directeur de Libération a lancé lundi
son mouvement, les Engagés, pour rebâtir une « gauche réaliste ». S’il s’en
défend, beaucoup y voient la main de François Hollande.
Une certaine idée de la gauche. Laurent Joffrin, qui vient de quitter ses
fonctions de cogérant, directeur de la rédaction et de la publication de Libération,
a présenté lundi son « appel à la recomposition de la gauche », déjà signé par
140 personnalités, sur le mot d’ordre « Engageons-nous ».
« Le processus que nous lançons part de la société civile, a-t-il expliqué en
conférence de presse. Grâce à la foisonnance du monde associatif, des
militants, des intellectuels, nous allons mettre au point un programme, sur le
modèle de la démocratie participative. Des idées qui doivent déboucher sur le
plan politique et électoral. » Laurent Joffrin a également détaillé
les orientations et les valeurs qui devront réunir les Engagés : la justice
sociale, la lutte contre les inégalités et les discriminations et la conscience
écologique, pour « refonder une gauche de réforme et de transformation
sociale ».
Deux ans avant l’élection présidentielle, le journaliste se défend de
construire une plateforme ayant pour unique but de conquérir l’Élysée. Il se
serait décidé à lancer cet appel après les élections municipales et les
victoires de la gauche rassemblée dans plusieurs grandes villes, selon une
analyse qui lui est propre : « Si de grandes villes ont été glanées,
c’est parce que la gauche réformiste avait une place centrale. C’est ce que
nous devons faire pour retrouver l’équilibre et gagner mais ce n’est pas encore
le cas au niveau national. »
Au fil du discours lundi, la définition du « rassemblement de la gauche »
selon Laurent Joffrin s’est peu à peu dessinée. En premier lieu, l’ancien
directeur de Libération veut attirer les membres du PS, du PRG
et les déçus du macronisme. Surtout, il oppose deux gauches. D’un côté, celle
de la social-démocratie, « réaliste, réformiste » et qui « agit,
a aboli la peine de mort, fait les 35 heures… ». De
l’autre, « la gauche radicale, qui donne beaucoup de leçons mais n’a
jamais rien fait », a-t-il déclaré, oubliant au passage des chapitres
cruciaux de l’histoire politique française, du Front populaire au CNR, ou
l’apport de cette gauche dite « radicale » dans les conquêtes sociales de 1981
et 1997, qu’il cite en exemple.
Ne semblant pas croire en l’efficacité d’une candidature d’EELV – jamais
citée – ou excluant de fait la FI, Laurent Joffrin veut rassembler une « gauche
sociale-démocrate » dans laquelle « l’écologie ne domine pas
tout ». Une idée que semblent partager François Hollande, Bernard Cazeneuve
et Jean-Christophe Cambadélis, qui ont récemment reçu le journaliste. Tous
trois reprochent d’ailleurs à Olivier Faure, premier secrétaire du PS,
d’abandonner le parti à la « sociale-écologie » au profit
d’EELV. Ce dernier n’a pas réagi publiquement à l’appel de Laurent Joffrin, qui
l’a abordé il y a quelques semaines, recevant de son propre aveu un accueil ?
des plus froid.
Pour le transfuge du Parti socialiste, le
ministre des Comptes publics Olivier Dussopt, le doute n’est pas permis :
l’ombre de l’ex-président de la République plane sur l’initiative. C’est
la « démonstration que François Hollande n’est jamais loin de la
politique », a-t-il estimé auprès de l’AFP, tout en y voyant une « illustration
de plus de la fracturation de la gauche » pour mieux justifier son
ralliement à LaREM. Une influence dont s’est défendu Laurent Joffrin : « Ce
n’est pas à 68 ans que je vais commencer une carrière de marionnette. » Pas
de quoi convaincre Jean-Luc Mélenchon : « Déjà 425 signataires pour
l’appel Joffrin. Au moins 210 pédalos. Le capitaine arrive ! », a raillé le
chef de file des insoumis.
Florent Le Du

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