Le « sommet le plus long » en dit long justement sur ce qu’est devenu
l’objet communautaire. Ce qui se trouve au cœur de la discorde n’est certes pas
secondaire. Le plan de relance initial porté par Emmanuel Macron et Angela
Merkel (750 milliards d’euros dont 500 de subventions et 250 de prêts)
finalement raboté voire dénaturé au fil des négociations ne constitue certes
pas l’acte de naissance d’une Europe enfin solidaire. Il n’en représente sans
doute pas moins un tournant avec la création de dettes communes, sorte de
« petit saut fédéral » face auquel chacun devra désormais se positionner.
C’est exactement ce qu’ont fait les pays
dits « frugaux » (enfin, surtout les dirigeants de ces pays) . Notons au
passage que la frugalité - attitude qui peut au demeurant s’avérer noble -
n’a pas grand-chose à voir dans l’affaire. Il s’agit plutôt d’un bon vieux
dogmatisme libéral mâtiné d’un encore plus antique égoïsme national, le tout
prospérant - si l’on s’en tient aux Pays-Bas, champions de cette cause
douteuse à travers la figure de son premier ministre, Mark Rutte - sur une très
moderne optimisation fiscale assez lâchement tolérée par l’Union européenne.
Autre leçon de choses : si un groupe marginal (en termes d’habitants) peut
gripper la volonté majoritaire, c’est qu’il y a décidément quelque chose à
changer au royaume de l’Union européenne. On n’avait pas attendu ce sommet pour
en dresser le constat. Mais celui-ci indique que ces mêmes changements ne
peuvent plus attendre.
Par Christophe Deroubaix

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