Chaque année, près de 60 % des familles pauvres ne peuvent partir en
vacances, contre 10 % des classes aisées. Cette fracture perdure par
manque de volonté politique. Elle va encore s’aggraver au sortir de ces mois de
confinement. Toute une frange de la population a vu son stock de RTT et de
jours de congé fondre sous la contrainte de son employeur, tandis que son
pouvoir d’achat était grevé par les mesures de chômage partiel et autres pertes
d’activité. Le budget loisirs en sera la première victime. Avec un nombre de
départs en baisse, des séjours plus courts, des dépenses moindres.
Mais le Covid-19 ne doit pas masquer le
problème de fond. Virus ou pas, le droit aux vacances, hérité du Front
populaire et inscrit dans la loi depuis 1998, reste largement ignoré faute
d’une politique sociale des loisirs ambitieuse. Cette dernière est bien souvent
déléguée aux associations, comme le Secours populaire français, et à la bonne
volonté du tourisme solidaire et de municipalités progressistes. Pour le reste,
ce droit fondamental à l’oisiveté et à la découverte se retrouve tributaire
d’une industrie où les prix flambent - du camping aux colonies de vacances -
sans s’encombrer d’équité. Le constat n’est pas neuf. Mais il est plus que
jamais insupportable de voir que certains Français ne pourront pas vraiment se
déconfiner cet été.
Par Laurent Mouloud

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