Le maire communiste de Montreuil, Patrice
Bessac, défend l’idée d’un territoire inclusif et appelle l’État à ses
responsabilités en matière de financement.
Vous avez été élu à la tête d’Est Ensemble, qui regroupe 400 000 habitants
en Seine-Saint-Denis. Les intercommunalités sont dotées de nombreuses
compétences, quels projets entendez-vous défendre ?
Patrice Bessac D’abord celui d’une nouvelle dynamique écologique et sociale, avec un
territoire créatif, un nouveau modèle de développement économique, porteur des
valeurs de l’économie sociale et solidaire, et extrêmement mobilisé sur
l’insertion des jeunes des quartiers populaires. À l’instar de San Francisco,
je souhaite que nous devenions un territoire d’anticipation sur le zéro déchet,
sur la lutte contre la spéculation immobilière, la désimperméabilisation des
sols pour plus de nature en ville et sur l’inclusion de toutes les populations.
Nous avons de grandes compétences, mais surtout nous avons la volonté de faire
de la politique, de ne pas s’endormir sur l’existant ou de s’en plaindre. Rien
n’est une fatalité, on peut mobiliser autour de grands projets stratégiques.
Face à la crise économique et sociale, quel rôle les intercommunalités
ont-elles à jouer ?
Patrice Bessac À Est Ensemble, nous avons de très grands projets en matière de
transports, de renouvellement urbain, d’activités économiques. Il demeure
indispensable que les jeunes majeurs de notre territoire y soient inclus dès le
départ. Face à la crise économique et sociale, la mobilisation doit être
générale autour de l’insertion des jeunes les plus éloignés de l’emploi. Mais
notre objectif n’est pas un nouveau La Défense. Au contraire, il s’agit
d’inventer un nouveau chemin de mixité de la ville, de rapprocher les lieux
d’habitation et d’emploi. Car le système qui consiste à les éloigner a un coût
non seulement économique, mais aussi de temps de vie, de fatigue, et il
comprend des risques, la crise sanitaire l’a montré. Le logement est une autre
grande problématique, et j’entends défendre avec mes collègues, s’ils en sont
d’accord, l’élargissement de l’encadrement des loyers.
Votre territoire appartient également à la Métropole du Grand Paris, à la
tête de laquelle le LR Patrick Ollier a été réélu. L’articulation entre ces
différents échelons est-elle problématique ?
Patrice Bessac Un certain désordre règne. Le problème est très simple : dans deux
ans, la plupart des territoires n’auront plus un sou en caisse du fait d’une
organisation financière bancale dès le départ. L’intervention du gouvernement
est attendue de longue date pour un nouveau pacte financier et de lutte contre
les inégalités fiscales et de développement de la Métropole du Grand Paris. Les
emplois sont à l’ouest et les salariés à l’est, il n’est pas juste que ces
derniers n’aient pas droit, là où ils habitent, à une partie de la richesse.
Nous sommes un seul et même système métropolitain, il faut à la fois une
solidarité financière, mais aussi en termes de mixité sociale et d’accueil des
populations les plus fragiles.
Les collectivités sont durement touchées par la crise. Les mesures prises
sont-elles à la hauteur ?
Patrice Bessac En réalité, les
mesures de compensation de l’État consistent à permettre aux collectivités
d’acheter de la dette. Et les calculs sont faits de telle sorte que les trois
quarts des dépenses et des pertes de recettes réelles ne seront pas pris en
compte. Pour le moment, c’est une demi- cacahuète, alors qu’il faut du cash,
une compensation à l’euro près. Car, le problème n’est pas celui de l’achat de
masques, mais bien des pertes massives de ressources, dont nous ne pouvons pas
prévoir l’ampleur à cette heure.
Entretien réalisé par Julia Hamlaoui

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