Avez-vous remarqué ? Un petit tour dans le défilé du 14 Juillet, et
puis plus rien. Ils ont disparu du discours des deux responsables de l’exécutif
aussi subitement qu’ils étaient apparus dans celui d’Emmanuel Macron. Et sans
que les commentateurs ne relèvent cette absence, qui n’est rien d’autre qu’une
nouvelle trahison de la parole donnée. Ces courageux, ces héros rendus à
l’invisibilité par le silence du président de la République et de son premier
ministre, ce sont tous ces travailleurs sous-payés dont il a bien fallu
reconnaître le rôle vital au plus fort de la crise sanitaire.
C’est fou, comme l’on est vite renvoyés à l’insignifiance dans laquelle les
puissants vous ont toujours tenus, une fois que leur vie et leur santé ont été
sauvées au péril des vôtres. « Il nous faudra nous
rappeler que notre pays tient tout entier sur des femmes et des hommes que nos
économies reconnaissent et rémunèrent si mal », avait pourtant promis, le
13 avril, l’hôte de l’Élysée, en louant le dévouement de « nos
chauffeurs routiers, livreurs, électriciens, manutentionnaires, caissiers et
caissières, éboueurs », etc. Le chef de l’État se référait même au
premier article de la Déclaration des droits de l’homme : « Les
distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune. » Trois
mois plus tard, il ne reste rien de ces belles paroles. Enfin si, pour être
juste, une phrase dans le début du discours de Jean Castex, mercredi au
Parlement : « N’oublions pas ce que nous leur devons. » Les
voilà plus riches de la gratitude du premier ministre. Emmanuel Macron s’est
aussi souvenu d’eux dans son allocution télévisée du 14 Juillet : sa
réforme des retraites, « ils en sont les grands gagnants ».
C’est que les héros ont changé : le
courageux, désormais, c’est le patron, car il « prend souvent plus de
risques » que ses employés, selon le chef de l’État. La seule fois où
le président a prononcé le mot « salaires », mardi, ce fut pour
envisager leur « baisse », dans le cadre du « dialogue
social ». Le « jour d’après » rêvé d’Emmanuel Macron,
c’est finalement le même que celui d’avant, mais en pire.
Par Sébastien Crépel

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