Sur un ton assuré, le nouveau premier ministre, lors de son discours de
politique générale à l’Assemblée, avait renvoyé un certain nombre de décisions
à sa rencontre de vendredi dernier avec les syndicats de salariés et le
patronat. On aura compris que ces décisions se résumaient à ne pas s’acharner à
décider, pour le moment. Report de la mise en œuvre des nouvelles dispositions
de l’assurance-chômage, report de la réforme des retraites. Les chômeurs et
ceux qui risquent de le devenir dans les prochains mois ont gagné un répit. Ce
n’est pas rien. L’ensemble de celles et ceux qui, au cours de cette année, se
sont levés contre la régression annoncée pour l’assurance-vieillesse peuvent à
bon droit prendre acte de cette annonce.
Pour Jean Castex, qui l’a martelé sur France 2, l’essentiel aujourd’hui
c’est « l’emploi, l’emploi, l’emploi ». On peut comprendre que dans
une France blessée par la crise sanitaire, l’ampleur de la crise sociale et
économique ne laisse guère de marge au gouvernement pour jouer avec les
entreprises aussi bien qu’avec les salariés. Ce n’est pas un hasard si l’on
nous chante sur tous les tons et un peu vite les vertus d’un premier ministre
qui serait attaché comme personne au dialogue et la concertation et aurait
l’oreille de tous.
Mais la crise est politique. Les élections
municipales ont été un véritable camouflet pour les marcheurs, qui en 2017
s’imaginaient sur une autoroute. C’est un véritable échec pour le président.
Emmanuel Macron peut certes s’appuyer sur le fait présidentiel et sur une
majorité à l’Assemblée qui, si elle s’étiole un brin, lui reste sans doute
acquise mais il est hors-sol. Jupiter a des pieds d’argile. Il pensait pouvoir
mener tambour battant ses réformes ou, pour mieux dire, ses régressions
libérales. Il n’en est rien. Depuis son élection, sa politique est contestée.
Le choix d’un nouveau premier ministre est destiné à masquer cette réalité, en
présentant comme une volonté de concertation ce qui lui est imposé. À suivre.

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