De la proclamation de la République à l’avènement de l’extrême droite,
armée et politique ont toujours structuré la vie publique brésilienne. « Ordre
et progrès », selon la devise nationale, détournée aujourd’hui en « désordre et
régression » par les démocrates. En 1925, le capitaine communiste Luis Carlos
Prestes entreprit une longue marche à travers le géant sud-américain pour
éveiller les consciences. Le « Chevalier de l’espérance », selon
l’écrivain Jorge Amado, incarnait les idéaux de progrès qui agitaient alors les
casernes. La dictature des militaires de 1964 a balayé les rêves émancipateurs.
Hors de question de voir Brasília devenir une Cuba castriste. La paranoïa anticommuniste
irrigue encore les discours officiels incroyablement surannés du président Jair
Bolsonaro et de ses amis de l’armée. Dans ses rangs, la frange la plus
réactionnaire a pris le dessus, au point de bazarder souveraineté et
indépendance économique – ses deux mamelles – et de brader les fleurons
industriels de la nation qui en étaient le socle.
La rupture de l’ordre constitutionnel de 2016 avec le coup d’État
parlementaire contre la présidente de gauche, Dilma Rousseff, a transformé le
Brésil en une sorte de laboratoire grandeur nature d’un néolibéralisme exalté
au rythme cadencé des bruits de bottes. Les 16 400 kilomètres de
frontières terrestres ne sont plus la boussole d’une partie de l’état-major.
Vassalisée par les États-Unis, voilà cette dernière exécutant les desseins
géopolitiques de la première puissance mondiale. Le commandement militaire a
épousé la mutation des cercles économiques traditionnels en élites
financiarisées au point d’en être désormais un acteur au sein des ministères
clés. La gestion désastreuse de la pandémie ne relève pas de l’incompétence
délirante d’un président que l’on aurait tort de ravaler au rang de fou
incontrôlable. Elle est la résultante de choix comptables très réfléchis que
les militaires partagent, voire promeuvent.
Le choc des pouvoirs met en lumière une
crise de régime très dangereuse pour la démocratie et la stabilité régionale.
Et, malheureusement, les garde-fous sont bien fragiles face à la tempête brune
et kaki.
Par Cathy Dos Santos

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