jeudi 25 juin 2020

« UNE RÉPONSE CLAIRE », L’ÉDITORIAL DE MAURICE ULRICH DANS L’HUMANITÉ DE CE JOUR !


Rien à signaler. « C’est une sorte d’attestation d’employeur, ça se fait tous les jours… » Le commentaire du président de l’Assemblée nationale, Richard Ferrand, sur la lettre d’Emmanuel Macron transmise au parquet financier et concernant Alexis Kohler, est celui d’un expert, formé à la dure école de l’affaire des Mutuelles de Bretagne. RAS. Sauf que « l’employeur » est le président de la République et que les révélations de Mediapart et de l’association Anticor conduisent à un sérieux doute. Emmanuel Macron a-t-il pesé sur le cours de la justice de telle sorte que l’enquête ouverte en 2018 sur les liens à la fois professionnels et familiaux de son principal collaborateur avec le groupe MSC, soit classée « sans suite » quelques jours plus tard ?

Sans doute faut-il rappeler brièvement que l’éventualité de conflits d’intérêts le concernant avait déjà été évoquée à l’occasion de plusieurs contrats avec l’armateur franco-italien, à Saint-Nazaire et au Havre. L’enquête ouverte en 2018, elle, visait à déterminer s’il avait dissimulé ses liens avec le groupe, au sein duquel il avait aussi exercé des responsabilités financières, lorsqu’il était devenu le directeur de cabinet d’Emmanuel Macron à Bercy.

Non, assure donc ce dernier dans une lettre adressée d’abord à l’intéressé puis arrivée dans les bureaux du parquet financier. Sauf qu’il y a un petit problème : alors qu’un rapport accablant pour Alexis Kohler avait été rédigé quelques jours plus tôt, un autre rapport quelques jours plus tard amenait la fin de l’enquête.

Une simple attestation donc, mais tombée à point. À l’Assemblée, la réponse de la garde des Sceaux interpellée par un député de la FI laisse perplexe : « Votre question englobe plusieurs éléments auxquels il est très difficile ici de répondre en quelques minutes, tant la confusion qui résulte des différents éléments que vous avez amenés rend une réponse claire délicate. » Sans doute, mais encore ? C’est pourtant une telle réponse, sans faux-fuyants, que l’on est en droit d’attendre aujourd’hui du président de la République, à l’orée de ce qui pourrait bien être un scandale d’État.

Par Maurice Ulrich

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