Dans la rude bataille qui s’amorce, l’union syndicale
sans faille affichée depuis des mois est un sérieux atout. Cela faisait treize
ans – depuis 2010 – que les principales centrales n’avaient plus été à
l’unisson dans un combat. À l’époque, il s’agissait, déjà, de lutter contre une
réforme des retraites, celle portée par Éric Woerth (UMP, puis LR passé à
Renaissance), relevant l’âge légal de départ de 60 à 62 ans et celui de la
pension sans décote de 65 à 67 ans. Du sarkozysme au macronisme, même
logique régressive et autoritaire. Et même refus unanime des syndicats et d’une
large partie des Français. Face aux millions de personnes qui défilèrent dans
les rues, le gouvernement UMP, en 2010, joua le pourrissement, la répression
des grévistes et finit, après quelques concessions, par passer en
force. Un mépris démocratique qui laissa des traces profondes.
Apôtre assumé du 49.3 et de la rigidité thatchériste,
Emmanuel Macron, n’en doutons pas, s’apprête à rejouer le même scénario brutal.
Il fait, ainsi, le choix d’assumer un conflit social majeur. Car 2023 n’est pas
2010. Des gilets jaunes au Covid, de l’explosion des prix de l’énergie à la
stagnation des salaires, les mécontentements s’additionnent comme rarement. Le
climat social est inflammable. L’inégalité criante de cette réforme, dont
les travailleurs doivent porter exclusivement le coût, pourrait bien être la
goutte de trop. Et pousser à la mobilisation des premiers de corvée, éreintés
et oubliés. Mais aussi – grande crainte du gouvernement – de toute une jeunesse
précaire, politisée par le combat climatique et bien consciente qu’elle doit
compter avant tout sur elle-même pour assurer son avenir.
Dans ce contexte, l’union syndicale joue un rôle
crucial de catalyseur. L’exemple de 2010 le montre : elle n’est pas toujours suffisante pour assurer la victoire,
mais reste indispensable pour envisager de l’obtenir. En s’associant sur
l’essentiel, les huit organisations nationales assument leurs responsabilités.
Et nourrissent l’espoir d’une lutte gagnante, dont la première étape se jouera
ce jeudi 19 janvier.

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