lundi 24 octobre 2022

« Dignité et courage », l’éditorial de Sébastien Crépel dans l’Humanité.

 


Personne ne peut rester insensible à l’horrible drame qui a endeuillé la famille et les proches de la jeune Lola, et au-delà ses voisins, son quartier du 19e arrondissement de la capitale, et la France tout entière. Avec dignité et courage, les parents de la collégienne assassinée ont rejeté les récupérations honteuses, démarrées alors que l’enquête n’était même pas encore bouclée. Pas sûr que les représentants politiques qui ont assisté lundi aux obsèques de l’adolescente à Lillers, dans le Pas-de-Calais, dont le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, et la députée RN de la circonscription, n’aient abandonné l’espoir d’en tirer un gain personnel ou pour leur mouvement.

Le meurtre de Lola avait été à peine perpétré que les réseaux d’extrême droite s’activaient à aiguillonner l’opinion publique et transformer l’émotion naissante en obsession identitaire et xénophobe, bien aidés par la démagogie d’un Cyril Hanouna. Pourtant, c’est peu dire que la violence sur les enfants ne soulève pas toujours la même vague d’indignation politico-médiatique. Ces derniers jours, la police était sur les traces d’un père de famille en fuite, suspecté d’infanticide en Haute-Savoie. Dans le Var, un petit garçon a succombé sous les coups du compagnon de sa mère, la veille du meurtre de Lola. Le foyer familial où vivait le bambin avait déjà fait l’objet d’un signalement à la justice.

Aussi révoltants soient-ils, ces faits suscitent moins de remous, sans doute parce qu’il apparaît plus facile de s’identifier aux parents dont l’enfant a été la victime d’une parfaite inconnue. Or la majorité des crimes et délits sur les mineurs sont commis dans le cercle intrafamilial, où elles ont augmenté de 10 % en France en 2020, selon le dernier rapport de l’Observatoire national de la protection de l’enfance. Des chiffres qui appellent une réflexion sur les politiques de prévention des violences à mettre en œuvre et les moyens dont elles disposent. À l’opposé des cris d’orfraie de l’extrême droite, ou des manœuvres d’un ministre songeant déjà à la prochaine présidentielle, et pas seulement en se rasant.

 

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