jeudi 29 septembre 2022

« La rue prend le relais », l’éditorial de Maud Vergnol dans l’Humanité »



C’est une journée que l’exécutif va scruter de près. Premier rendez-vous national de grève et de manifestations pour la hausse des salaires et le pouvoir d’achat, ce 29 septembre va donner une mesure de la colère sociale qui couve depuis des mois. Pansements cache-misère, jeu du chat et de la souris sur la future «réforme» des retraites Emmanuel Macron aura tout tenté pour étouffer les mobilisations sociales. Mais linterminable feuilleton des retraites pourrait bien se retourner contre lui.

Ses atermoiements sur la «méthode» (un amendement dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale présenté cette semaine ou un texte dédié plus tardif) en disent long sur sa fébrilité politique. L’exécutif a voulu éviter d’étoffer les rangs des manifestants ce jeudi tant son projet de recul de l’âge légal de départ à la retraite fait l’unanimité des syndicats contre lui. Tout est lié: le combat pour les salaires, avec lenjeu des cotisations, est aussi celui pour la Sécurité sociale et son financement, les retraites et l’assurance-chômage.

C’est ce que redoutent le plus les serviteurs zélés du capitalisme mondialisé: qu’à la faveur de limbrication des crises sociale et climatique un puissant mouvement populaire remette en cause l’ensemble du système. Certes, nous n’en sommes pas là. Mais ce qui est appelé la crise du «pouvoir dachat», en réalité la détérioration historique de nos conditions de vie, peut savérer un puissant moteur de lutte des classes. La grève enclenchée par les salariés de TotalEnergies est emblématique du moment. Le géant français, un des plus grands pollueurs de la planète, a doublé son bénéfice cette année avec 5,7 milliards d’euros de profits. En 2021, son PDG, Patrick Pouyanné, le même qui demande aux Français de la sobriété et refuse une augmentation à ses salariés, s’en est octroyé une de 52%, pour atteindre la coquette rémunération annuelle de 5,9 millions. Ce mercredi, alors que 70% des salariés de ses raffineries étaient en grève pour exiger une hausse de salaires, le groupe annonçait, toute honte bue, verser à ses actionnaires un acompte sur dividende exceptionnel de 2,62 milliards d’euros… Pour eux, la fin de l’abondance, c’est pour quand?

 

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