Douloureux tickets de caisse. Les prix s’envolent, les
salaires sont trop bas, la pauvreté s’étend. La hausse des prix à la
consommation, qui atteint déjà 5,2 % par rapport à juin 2021, pourrait
atteindre 7 % en septembre. Du jamais-vu depuis 1985.
Qui n’a pas tiqué devant l’addition salée du plein de
courses, qui entraîne dans le rouge de nombreuses familles dès le 10 du mois ? « La faute à la guerre en Ukraine », nous explique-t-on tranquillement, comme si cette
inflation historique était inéluctable. Olivier De Schutter, rapporteur spécial
de l’ONU sur l’extrême pauvreté, rappelle que « les bulles spéculatives sont l’explication
essentielle de l’augmentation
des prix des denrées
alimentaires sur les marchés mondiaux ».
En France, avant prise en compte de l’inflation, le
revenu des ménages a progressé de 3,7 % en 2021. Celui des patrons du
CAC 40 a augmenté l’an dernier de 67 %, pour une moyenne de
8,7 millions d’euros. Eux ne connaissent pas la crise. C’est bien là tout
le problème, auquel refuse de s’attaquer le pouvoir macroniste. Ce dernier
s’obstine à faire payer l’État sans rien demander aux grandes entreprises, pour
qui la pandémie et la guerre ont représenté une formidable machine à cash. Le
CAC 40 va distribuer 80 milliards de dividendes et de rachats
d’actions cette année. Une hausse de 80 % en deux ans. Le géant français
des hydrocarbures, TotalEnergies, pourrait annoncer jusqu’à 20 milliards
d’euros de bénéfices pour les six premiers mois de l’année… mais refuse
d’augmenter les salaires de ses 35 000 salariés.
Le pouvoir macroniste reste bien silencieux sur les
causes réelles de l’inflation. Jeudi dernier, même Michel-Édouard Leclerc,
patron des supermarchés du même nom, a affirmé que « la moitié des hausses de prix demandées sont suspectes », réclamant l’ouverture d’une
commission d’enquête
parlementaire. Une initiative prise par les sénateurs communistes Éliane
Assassi et Fabien Gay, qui ont saisi dans la foulée la commission des Affaires économiques.
Dans ce contexte, le nouveau gouvernement devait
présenter cette semaine en Conseil des ministres son projet de loi censé
regonfler le portefeuille des Français. Ces mesures du « paquet
pouvoir d’achat », dévoilées au compte-gouttes ces dernières semaines dans la presse, sont autant de pansements
sur une jambe de bois.
Mais le dégel du point d’indice des fonctionnaires,
avec une revalorisation de 3,5 %, bien insuffisant à ce niveau pour
compenser l’inflation, sonne tout de même comme une première victoire
idéologique, marquant l’échec des politiques salariales fondées sur
l’individualisation et la multiplication des mesures parcellaires. Oui, il faut
augmenter tous les revenus ! Avec ce dégel, Emmanuel Macron revient ainsi sur l’erreur fondamentale qu’a constituée le maintien du gel depuis le début de son
quinquennat.
C’est une première victoire, qui en appelle d’autres.
Nourrie par la multiplication des luttes sociales dans les entreprises, la
bataille se jouera aussi cet été dans l’Hémicycle, où les députés de la Nupes
comptent ferrailler pour arracher beaucoup plus à ce « paquet
pouvoir d’achat ». C’est ce qu’attendent les électeurs qui
ont privé le président d’une majorité nette pour mener ses politiques de casse sociale. Deux visions vont s’affronter : d’un côté des aides
conjoncturelles financées par l’État pour ne surtout pas toucher au coût du
capital, de l’autre une augmentation des revenus et une lutte contre les
inégalités salariales pour améliorer durablement nos conditions de vie. Dans ce
combat, les députés d’extrême droite, contre la hausse du Smic, vont s’avérer
des alliés de poids pour l’exécutif. C’est maintenant que les masques vont
tomber.

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