vendredi 15 juillet 2022

« Feu d’artifices », l’éditorial de Christophe Deroubaix dans l’Humanité



On ne sait si, jeudi, depuis les jardins de l’Élysée, le chef de l’État sest adressé aux Français et à leurs inquiétudes ou sil répétait un one-man-show privé pour luniversité d’été du Medef. À vrai dire, on sait. Pour son retour à la tradition de l’interview du 14 Juillet, Emmanuel Macron s’est montré tel qu’il est: un président de droite. Sur un ton imperturbablement professoral, interrompant des journalistes aux questions pourtant peu embarrassantes, il a déroulé un «monologue» satisfait que ne perturbent ni les conditions réelles de la vie des Français ni les résultats électoraux – ceux des législatives, en loccurrence.

Pouvoir d’achat? La réponse prendra la forme du bâton puisque, en gros, Emmanuel Macron a annoncé que des textes de loi auront pour objectif de forcer les gens à accepter n’importe quel salaire. Transition écologique alors que canicule, sécheresse et incendies rythment comme jamais la vie du pays? La martingale semble sappeler «sobriété» et une «chasse au gaspi» qui sent les années 1970, renvoyant à lattitude de chacun là où le défi posé nécessite une action publique collective. Le scandale Uber? Il assume, il le referait, repeignant son rôle d’«infiltré» des Gafam, dynamiteurs des réglementations sociales et fiscales, en héraut des jeunes des quartiers difficiles. L’avenir? «Travailler plus et plus longtemps» avec un report de l’âge du départ à la retraite à 65 ans. Bref, la France des cheveux gris et des portefeuilles plutôt bien garnis – la moitié de son électorat – a pu se repaître des formules présidentielles.

Bien à droite, le président de la République est pourtant bien affaibli, la majorité relative dont disposent ses troupes à l’Assemblée nationale reflétant l’état de minorité dans lequel se trouve son projet politique. Il aura mis un certain talent à masquer cette réalité lourde de la vie politique. L’admettre l’aurait, il est vrai, conduit à reconnaître qu’il lui faudra faire preuve de plus de brutalité pour encore l’imposer.

 

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