mercredi 24 novembre 2021

« Trusts 2.0 », l’éditorial de Stéphane Sahuc dans l’Humanité.



Six des douze plus grandes fortunes de France ont investi dans la presse. Est-ce que cela signifie que la presse rapporte gros ? Même pas ! Mais elle reste un formidable outil d’influence. Que la presse soit entre les mains d’industriels, ce n’est pas une nouveauté. Déjà, en 1936, Paul ­Vaillant- Couturier, rédacteur en chef de notre journal, dénonçait les « trusts de journaux, journaux des trusts ». Ce qui est nouveau, c’est la brutalité et l’ampleur de ce phénomène qui touche l’ensemble des médias dans un monde ultra-informé.

À tel point que le Sénat a créé une commission d’enquête sur la « concentration dans les médias en France » afin « d’en évaluer l’impact dans une démocratie ». Les sénateurs pointent, notamment, le cas Bolloré, dont « les nombreuses prises de contrôle (…) interrogent sur les méthodes mêmes d’acquisition, de gestion des personnels et de liberté de pensée des journalistes ». Le milliardaire a constitué un groupe de presse pour tenter de faire une OPA sur l’élection présidentielle. Non sans succès. Nombre d’autres médias s’alignent et font comme si la politique se réduisait à une surenchère entre extrême droite, droite extrême et droite décomplexée.

Face à cette déferlante financée à coups de dizaines de millions d’euros, garantir le pluralisme devrait être l’une des priorités du gouvernement. En renforçant l’audiovisuel public, bien sûr, mais également en permettant l’existence de médias qui portent un discours en opposition à cette vulgate haineuse mâtinée d’ultralibéralisme. L’Humanité est de ces autres voix. Dans une période d’extrême droitisation des médias, le développement de notre journal est une protection et une garantie démocratique pour l’ensemble de la population. Et pour cela nous avons besoin de votre engagement afin de réussir la souscription qui vise un développement indispensable au rayonnement de l’Humanité. « Il faut aller battre la presse bourgeoise sur son propre terrain et, pour cela, c’est l’information qui prime », disait Paul Vaillant-­Couturier. C’est toujours vrai.

 

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