jeudi 30 septembre 2021

Théâtre. Gérard Mordillat : « L’actualité ne parvient pas à s’éloigner de ce que j’ai écrit »



Jean-Emmanuel Ducoin

Dix-sept ans après le livre et onze ans après l’adaptation pour la télévision, les Vivants et les Morts, de Gérard Mordillat, reviennent cette fois sur les planches, sous forme musicale. ENTRETIEN

Dans une petite ville, l’usine qui fournit du travail à la majorité de la population doit être « restructurée ». C’est-à-dire qu’une partie du personnel va être licencié. Soudain, pour un jeune couple, Dallas et Rudi, c’est un cataclysme, une catastrophe qui va bouleverser leurs vies et la vie de ceux qui leur ressemblent. Tout explose : les familles, les amitiés, la municipalité, les syndicats, l’usine elle-même… C’est aussi une incroyable histoire d’amour dans un monde en tempête que Gérard Mordillat met en scène au théâtre sous forme musicale.

Vous avez écrit les Vivants et les Morts en 2004 (prix RTL/Lire), vous avez réalisé l’adaptation télévisée en 2010 (record d’audience sur France 2 et Arte). Comment est née l’idée d’en faire une pièce de théâtre musicale ?


GÉRARD MORDILLAT  : Tout est parti d’une rencontre avec Hugues Tabar-Nouval, le musicien qui, un soir, m’a abordé dans la rue pour m’en faire la proposition… J’étais à la fois perplexe et flatté. Perplexe, parce que je croyais en avoir fini avec cette histoire ; flatté parce qu’il était évident qu’elle continuait à vivre à travers le temps et les générations.

Vous ne parvenez pas à vous séparer desVivants et les Morts ?

GÉRARD MORDILLAT : C’est plutôt l’actualité qui ne parvient pas à s’éloigner de ce que j’ai écrit. En 2021, il y a toujours de plus en plus de licenciements, d’usines qui ferment, de vies ruinées dans la quête infernale du profit qui gouverne la pensée économique et politique en France comme ailleurs dans le monde capitaliste…

Pourquoi y revenir au théâtre ?

GÉRARD MORDILLAT : Parce que le théâtre et le roman m’apparaissent comme les deux derniers lieux où l’on peut jouir d’une véritable liberté de création. Où l’on peut faire entendre une parole qui, désormais, est proscrite des grands médias et édulcorée sur la plupart des écrans.

Vous avez transforméles Vivants et les Mortsen comédie musicale ?

GÉRARD MORDILLAT : Pas exactement. Hugues et moi, nous avons voulu enlever tout ce qu’il n’était pas nécessaire, les accessoires, les décors. Nous avons voulu dépouiller la scène et tout laisser porter par les actrices et les acteurs. Si le terme ne paraissait anachronique, je dirais que la meilleure définition de notre spectacle serait l’oratorio. Du théâtre parlé et chanté…

Vous avez écrit les chansons ?

GÉRARD MORDILLAT : Non, c’est François Morel qui nous a rejoints dans cette aventure. C’est lui qui a composé les chansons.

La musique est un hommage à Kurt Weil ?

GÉRARD MORDILLAT : Peut-être à sa mémoire mais la musique d’Hugues Tabar-Nouval ne lui doit rien comme elle ne doit rien à la variété. C’est une pure création originale faite pour le théâtre et n’ayant de vérité qu’au théâtre. C’est à l’image de notre ambition primordiale. Faire une pièce qui ne doive rien au roman ni au cinéma. Faire du théâtre, rien que du théâtre !

Comment avez-vous fait le casting ?

GÉRARD MORDILLAT : Des auditions, des auditions, des auditions… Et de ces auditions sont sortis des jeunes filles et des jeunes gens habités par leurs rôles. Que ce soit Nina Gorini, qui joue Dallas, Gunther Vanseveren (qui joue Rudi) ou Camille Demoures (qui joue Varda). L’enjeu était d’être bon acteur avant même d’être bon chanteur ou bonne chanteuse.

Il y a aussi des acteurs et des actrices avec qui vous aviez déjà travaillé ?

GÉRARD MORDILLAT : Oui, Patrice Valota, avec qui j’ai fait plusieurs films, Esther Bastendorff qui était dans Mélancolie ouvrière, Odile Conseil, qui y était aussi comme dans le Grand Retournement, et un nouveau membre de la troupe, Nicolas Beaucaire.

Vous commencez par vous produire en province ?

GÉRARD MORDILLAT : Oui, nous sommes à Évreux le 1 er octobre, puis Vernon, Dieppe, Douchy-les-Mines, Cherbourg, Chambéry, Marseille, etc. Avant d’arriver à Paris, fin 2022. La Covid a tout mis à l’envers !


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