On ne les voit presque jamais. Ignorées dans les médias et les discours.
Pourtant, les femmes sont un visage omniprésent de l’immigration. Selon l’ONU,
elles représentent 48 % des personnes sur les chemins de l’exil, et même
jusqu’à 54 % de celles qui ont gagné l’Europe au péril de leur vie. Aussi
nombreuses que les hommes, mais laissées dans l’ombre. Une réalité méconnue et
volontairement omise par les zélotes de la haine xénophobe. Pour faire avaler à
l’opinion publique leur diatribe viriliste, les marchands de peur préfèrent
résumer la figure du migrant à celle d’une masculinité pseudo-menaçante. Et
taire la violence insupportable – et bien réelle – qui ponctue les destins
féminins sur ces routes migratoires.
Les témoignages que nous avons recueillis, comme les rares études qui
existent sur le sujet, sont glaçants. Et rappellent que la barbarie patriarcale
ne connaît pas de frontières. Les femmes migrantes, comme les personnes
LGBTIQ+, subissent une double peine tout au long de leur exil. Obligées de fuir
des violences de genre (viols, mutilations génitales, prostitution…), elles
affrontent des parcours plus longs, plus onéreux, plus dangereux. Les
associations témoignent de viols quasi systématiques dans les centres de
rétention libyens et soulignent que la majorité des corps repêchés en
Méditerranée sont ceux de femmes – plus de 5 000 en cinq ans. Pour celles qui,
enfin, atteignent l’Europe, les demandes d’asile se heurtent souvent à un droit
des réfugiés pensé avec l’homme pour référent, où il n’est jamais simple
d’invoquer autant que d’évoquer les persécutions de genre, forcément intimes.
Dans ce contexte, la
première action féministe transnationale baptisée Toutes aux frontières, qui se
déroule samedi à Nice, marque une étape cruciale dans la lutte contre les
politiques de criminalisation de l’immigration. En redonnant leur vrai visage
aux victimes de cette Europe forteresse, ce mouvement peut aider à éteindre les
visions fantasmatiques véhiculées par les partisans des barricades aux
frontières.

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