Les manifestations de samedi, dont le succès a été réel, sont inédites dans
leur dimension politique au sens le plus fort du terme. Il s’agissait bien,
pour des dizaines de milliers de personnes, d’exprimer une volonté de faire
barrage à l’extrême droite mais aussi à la diffusion de ses thématiques dans
l’espace public, avec la neutralité, pour ne pas dire la bienveillance, d’une
partie de la droite ou même de la majorité du président et de ses ministres.
Pensons simplement au débat Darmanin-Le Pen, au fantasme de
l’islamo-gauchisme, au vote de la loi « sécurité globale », mais aussi bien à
la musique de fond du macronisme sur les premiers de cordée, ceux qui
réussissent et ceux qui ne sont « rien », le pognon de dingue,
qui sont autant de chevaux de Troie idéologiques dans le pacte républicain et
démocratique.
Ce qui est nouveau, c’est l’accélération de la dernière période. Ainsi
Valérie Pécresse, par exemple, récidivait dimanche en réaffirmant que « l’extrême
gauche me paraît aujourd’hui dans une dérive qui la rend aussi dangereuse dans
le pays que l’extrême droite ». Ce renvoi dos à dos est une fausse
fenêtre pour la symétrie qui revient tout simplement à banaliser l’extrême
droite. On peut espérer que les électrices et les électeurs d’Île-de-France y
penseront dimanche, en se rendant aux urnes.
Les élections régionales
et départementales ne sont pas un épisode mineur en attendant ce qui serait la
grande explication de la présidentielle. Le rôle des départements et des
régions est considérable en fonction des choix de leurs élus, dans la vie du
pays, en matière de transports, d’éducation, de prestations sociales,
d’aménagement du territoire, de soutien à l’économie et aux entreprises. La
démocratie ne se limite pas à un vote tous les cinq ans avec en perspective la
réédition du scénario de deuxième tour de 2017. La bataille contre
l’extrême droite et la complaisance dont elle bénéficie, si elle a connu un
temps fort samedi, passe pour les temps à venir par une reconquête politique de
l’opinion et du geste politique lui-même.

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