Directeur de l’Humanité ; député européen 2009-2019 ; membre de la
commission chargée des relations avec la Palestine.
Il est de la responsabilité des États-Unis et de l’Union européenne de
faire cesser immédiatement l’offensive meurtrière et criminelle contre les
Palestiniens de Gaza. Seule l’action diplomatique résolue pourra également
mettre fin aux contre-offensives du Hamas, qui, elles aussi, font des victimes
civiles. Une nouvelle fois, les populations, les enfants de Gaza en paient le
prix fort.
Il n’y a pas d’issue militaire au conflit. La mise à l’écart de l’OLP a
ouvert la dangereuse voie des armes. C’est l’action politique des gouvernements
et des peuples s’appuyant sur le droit international qui, seule, est porteuse
de solutions. Il est de leur responsabilité de contraindre expressément le
pouvoir israélien à respecter les résolutions du Conseil de sécurité et de
l’Assemblée générale de l’ONU. Pour moins que cela, les gouvernements
occidentaux trouvent bien souvent les moyens d’appliquer des sanctions et des
actes de boycott. Or, le premier ministre israélien, en quête de réélection,
est laissé libre de faire monter les tensions et de déstabiliser toute une
région dans des buts bassement électoralistes et sur le dos des populations
civiles palestiniennes.
Quelle femme, quel homme raisonnable peut supporter ces images de fer et de
feu sur Gaza, le vol des maisons de familles palestiniennes à Jérusalem, la
chasse à l’Arabe, les ratonnades, et les lynchages dans les villes
israéliennes, les vociférations racistes entonnées de plein cœur par une foule
fanatisée ? Quel pays au monde bénéficie-t-il d’une impunité totale depuis
cinquante-quatre années d’occupation et de viol du droit international ? Sans
les mouvements de jeunes Palestiniens aux côtés de leurs parents, les
expulsions menées par l’armée israélienne à Jérusalem, hier pourtant sanctifiée
par un consensus international, se dérouleraient dans un silence plombant,
tandis que chaque semaine depuis des mois des bombes israéliennes détruisent et
tuent à Gaza. L’exaspération a été portée à son comble. En témoignent les
mouvements spontanés inédits de la population arabe d’Israël. Il ne faut donc
pas inverser les rôles, comme s’y complaisent médias et chancelleries
occidentales. Ici, il y a un occupant et un peuple occupé privé de sa terre et
d’un État.
Il y a bien un oppresseur et des opprimés : le processus d’apartheid et de
colonisation s’accélère et s’amplifie, donnant quitus aux forces fanatisées de
l’extrême droite israélienne qui, désormais, font ou défont les coalitions
gouvernementales. C’était à prévoir : l’engrenage de la guerre et de la
colonisation, huilé par les États-Unis de Donald Trump, renforce les éléments
les plus radicaux et fascisants de la société israélienne tout en marginalisant
les courageuses forces de progrès. Ces faiseurs de roi messianiques, racistes
et colonialistes ont trouvé leur caution en la personne de Netanyahou, sinistre
va-t-en guerre corrompu, adepte d’une conception ethnique et ségrégationniste
de la nation digne des extrêmes droites continentales, qui ne lésinent
d’ailleurs pas sur leur soutien envers le gouvernement israélien.
Cette fuite en avant n’est rendue possible que par la sidérante
complaisance des États occidentaux avec le pouvoir israélien et ses relais
d’extrême droite, dans un nouvel enchevêtrement géopolitique à l’œuvre depuis
les scélérats accords d’association entre l’Union européenne et l’État d’Israël
et, plus récemment, sous l’égide des États-Unis, les cyniques accords au parfum
de dollar signés avec le Maroc, le Soudan, les Émirats arabes unis ou Bahreïn.
Voilà qui explique le silence de la France et d’autres, qui équivaut à absoudre
le gouvernement israélien d’exactions pourtant condamnées par le droit
international. Le scandaleux renvoie dos à dos des responsabilités dont est
désormais coutumier le Quai d’Orsay normalise dangereusement la politique
ultrarépressive et raciste d’Israël, tout en dégradant considérablement l’image
de la France à travers le monde. Pire, le placement en garde à vue de Bertrand
Heilbronn, président de l’Association France Palestine Solidarité, et
l’interdiction de la manifestation de solidarité organisée mercredi dernier à
Paris témoignent d’une criminalisation inédite de la solidarité avec le peuple
palestinien dans notre pays, hier moteur dans la recherche de la paix.
La mise en scène de la rivalité entre le Hamas et l’extrême droite
israélienne permet ainsi d’évacuer les causes premières et fondamentales de la
colère, à savoir le vol permanent des terres palestiniennes et la situation
d’apartheid créée par Israël dans ses frontières depuis le vote de la loi
« Israël, État-nation du peuple juif » en 2018, comme dans les territoires
occupés. On peut toujours regretter la forme qu’a prise la résistance
palestinienne, la confessionnalisation grandissante et désolante d’une lutte de
libération nationale. Elle reste cependant la résistance d’un peuple délaissé,
opprimé, spolié, emmuré, dont les parlementaires sont arrêtés et les militants
enfermés dans les geôles de l’occupant comme l’est Marwan Barghouti. Ils n’ont
d’autre choix que la lutte quotidienne. Il est de notre responsabilité
d’amplifier la solidarité active pour trouver des solutions politiques. D’abord
en interpellant nos gouvernements et l’Union européenne, mais aussi en
réclamant encore une force de protection du peuple palestinien.
De puissants points d’appui existent. La saisine et l’enquête de la Cour
pénale internationale pour commission de crimes de guerre par Israël, les deux
rapports de l’ONG israélienne B’Tselem, celui de Human Rights Watch, la
reconnaissance des actions « Boycott, désinvestissement, sanctions » comme
formes non violentes de lutte.
L’action doit s’amplifier ici pour que la France demande la suspension de
l’accord d’association entre l’Union européenne et Israël, qu’elle suspende sa
coopération militaire, et réengage le processus pour la reconnaissance de
l’État de Palestine comme l’a déjà voté le Parlement le 2 décembre 2014.
Pourquoi
n’envisagerait-on pas, en plus de nos actions quotidiennes, l’envoi, en
Palestine et auprès des forces démocratiques israéliennes, de missions civiles
d’observation et de protection du peuple palestinien ? Solidarité concrète avec
la Palestine !
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