lundi 31 mai 2021

Elections. La tactique contre le débat.



Par Patrick Le Hyaric. Les campagnes des élections régionales et départementales sont officiellement ouvertes, malgré les apparences, ce lundi 31 mai. En discutant dans les quartiers comme dans les villages, on  observe et regrette qu’elles ne mobilisent pas les foules.

La faute au Covid ? Pas si sûr. D’abord, les élections régionales ont souvent été caractérisées par un lourd silence des urnes. En 2015 puis en 2020, la moitié des électrices et électeurs ne s’étaient pas mobilisés. En 2017, les élections législatives n’avaient, elles aussi, attiré que 49 % des électeurs au premier tour et 43 % au second.

La crise de la politique n’est pas un épiphénomène regrettable, mais une réalité profonde. La promesse que le macronisme signerait un renouveau démocratique s’est évanouie dans les limbes d’une politique méprisante, humiliante pour les plus modestes. Pour toute nouveauté, elle n’a été que fuite en avant dans ce que la politique avait déjà de lointaine, d’artificielle et de jargonneuse. L’originalité de ce quinquennat tient plus de l’amplification de choix en faveur des puissances d’argent qui s’en repaissent en évitant qu’on en parle, que d’un renouveau de la politique. « Pour vivre riche, vivons cachés » est leur devise.

L’éloignement des élus régionaux et des politiques régionales, d’une part, et des citoyens, de l’autre, contribue sans aucun doute à ce surcroît de désaffection. Un bilan réel du redécoupage des régions et de leur insertion dans les structures européennes aurait dû être mené sans œillères. Mais, surtout, depuis des semaines, une opération répugnante est menée qui consiste non plus à débattre des enjeux et des choix politiques régionaux ou départementaux, mais essentiellement d’opérations d’alliances ou de mésalliances politiques. Autrement dit, il s’agirait désormais de gérer ces collectivités selon des politiques prédéfinies en s’adaptant à « la recomposition politique ».

Les enjeux décisifs pour les classes populaires, lesquels dépendent de choix politiques, sont passés sous le tapis : où met-on l’argent public ? Dans les écoles, dans la culture ou dans le soutien aux entreprises qui licencient une fois les aides publiques empochées ? Quelle politique mener pour la petite enfance ? Avec quel nombre de crèches ? Quels choix pour les personnes âgées dépendantes ? Continuons-nous à financer les Ehpad privés ou voulons-nous créer de nouvelles structures plus humaines ? Comment s’assurer que l’argent public serve à la formation et à la création d’emploi ? Quelle stratégie en lien avec l’Etat pour engager des transitions environnementales ? Quels moyens pour aider à l’installation des jeunes agriculteurs ? Quelles politiques régionales de santé, après plus d’une année de pandémie ?  Les sujets ne manquent pas…

Mais de cela, il n’est question dans aucun débat télévisé. Et hormis quelques candidatures communistes et des listes d’union ancrées dans les préoccupations populaires, les candidats ne s’y intéressent guère. Or c’est de la vie quotidienne de chacune et chacun qu’il s’agit, pas de tactiques politiciennes visant à placer l’extrême droite au centre du débat. Nos concitoyens ont besoin de débats politiques pour pouvoir se prononcer en toute connaissance de cause.

 

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