La coopérative des
Mutins de Pangée enrichit son catalogue de films du journaliste documentariste
disparu en septembre dernier.
Marcel Trillat est mort le 18 septembre dernier. Sa silhouette, son
sourire, son clope toujours aux lèvres nous manquent. Cruellement. C’est un ami
qui est mort, un ami de tous ceux qui luttent pour un monde meilleur. C’était
un sacré journaliste. Exigeant, honnête, d’une curiosité insatiable, un
journaliste engagé qui ne craignait pas de défendre ses sujets devant sa
hiérarchie, quitte à se faire remercier ou placardiser.
Au cours d’une émission politique à une heure de grande écoute, on voit
Trillat, face au ministre de l’Intérieur, Charles Pasqua, fondateur du SAC
(Service d’action civique), poser les questions qui fâchent. Dans un premier
temps, Pasqua affiche une attitude un brin goguenarde, voire condescendante, à
l’égard du journaliste. Puis son visage se tend, se crispe. L’image ne trahit
pas. Pasqua bout à l’énumération des crimes et délits commis par le SAC. Le
tout-puissant ministre de l’Intérieur, l’inventeur des « charters », s’est fait
piéger. Il lui fera payer son « outrecuidance »… C’est dans Voix off, d’Yves
Gaonac’h (2011), que l’on mesure le travail et l’engagement d’un journaliste
qui n’est pas là pour cirer les pompes des puissants.
Aller chercher l’info là où elle se trouve
Marcel Trillat avait choisi ce métier par conviction, il avait choisi de
filmer cette classe ouvrière invisibilisée, avec respect et humanité. Résister,
ne pas se soumettre, disait-il : « Si tu te soumets, tu seras obligé de
t’incliner, toujours plus bas, jusqu’à ce que tu aies le nez sur la moquette. »
« Y a pas de limites, ajoutait-il. Si tu commences à
t’incliner, c’est foutu. »
En l’écoutant, on ne peut s’empêcher de penser que ce film devrait être
montré dans toutes les écoles d’apprentis journalistes, dans toutes les
rédactions. Trillat ne parle pas de son métier au passé. Sans jamais faire la
leçon, ce n’était pas son genre, il rappelle les fondamentaux du journalisme :
enquêter, révéler, mais aussi écouter, observer, savoir entendre dans les
silences la révolte ou la détresse, saisir dans les regards de ses
interlocuteurs des éclairs de vérité ou de mensonge, aller chercher l’info là
où elle se trouve, ne pas céder aux sirènes de la facilité, choisir un point de
vue, le tenir et l’assumer. Le témoignage de Marcel nous est précieux. À
l’heure où le journalisme est discrédité tant il se perd dans la course au
buzz, entendre Trillat défendre une autre conception du métier remet les
pendules à l’heure.
Outre Voix off, le site des Mutins de Pangée propose
d’autres films de Marcel Trillat (souvent coréalisés avec Maurice Failevic,
autre grand nom de la télévision) : le 1er Mai à
Saint-Nazaire (1967), sur la grève victorieuse des ouvriers des
chantiers ; Étranges é trangers (1969), sur
l’incendie d’un foyer de travailleurs immigrés ; Lorraine Cœur d’acier (1980),
formidable épopée de la première radio libre au cœur du bassin sidérurgique ;
la trilogie consacrée au monde ouvrier – 300 Jours de colère (2002), les
Prolos (2002), Femmes précaires (2006) ; Silence
dans la vallée (2007), sur les effets de la mondialisation ; ou
encore l’Atlantide (2010), sur le communisme en France.
Rens. : www.cinemutins.com

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