Face à la lassitude des Français, déprimés par les interminables
restrictions épidémiques, l’exécutif tente d’injecter une dose d’optimisme dans
ce grand corps malade. Sa solution, évoquée depuis une semaine ? Un « passe
sanitaire », sorte de sésame qui permettrait de voyager à nouveau librement,
mais aussi de fréquenter restaurants, concerts, salles de sport, cinémas et
autres lieux de convivialité clos depuis de longs mois. Un parfum de « vie
d’avant », réservé à tous ceux qui montrent patte blanche sur le plan vaccinal.
En soi, le concept, inspiré de l’exemple israélien, n’est pas à écarter
d’un revers de manche. Et l’on peut comprendre le souci élyséen de donner un
peu de perspective. Mais voilà, en privilégiant une nouvelle fois la gestion de
la communication sur celle de la crise, Emmanuel Macron joue à un jeu dangereux
et prend le risque de nourrir de faux espoirs. Car la mise en place d’un
« passe sanitaire », qui irait bien au-delà d’un « passeport vaccinal » entre
pays, est tout sauf anodine. Et l’évoquer aujourd’hui apparaît totalement
prématuré.
De fait, le dispositif, qui prend la forme d’une application sur
smartphone, est lourd d’enjeux techniques, politiques et éthiques. Comment
contrôler ce large accès à des données de santé normalement confidentielles ?
Qui pour vérifier et sanctionner dans les établissements privés ? Comment
éviter toute rupture d’égalité entre citoyens alors que les vaccins ne sont pas
accessibles à tous et que le pourcentage de vaccinés ne progresse que très
lentement ? Questions complexes, qui ouvrent la voie à de potentielles
atteintes aux libertés fondamentales sur lesquelles le gouvernement n’a jamais
été très rassurant.
Le débat dépasse le seul
cadre français. Sous la pression de ses partenaires européens, qui s’arment
chacun dans leur coin de passeports vaccinaux, la Macronie risque d’avoir la
tentation de presser le pas. Laissant une nouvelle fois de côté l’enjeu crucial
de la levée immédiate des brevets et d’un accès universel aux vaccins, seul à
même, pourtant, de garantir une réelle sécurité sanitaire et un retour à la
« vie d’avant ».

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