Quand l’Odéon est occupé, c’est tout un imaginaire qui est convoqué en
renfort des revendications. C’est Jean-Louis Barrault déclarant en Mai 68,
en soutien aux manifestants : « Je vous annonce que je ne suis plus le
directeur de ce théâtre. Je ne suis plus qu’un comédien comme les autres. Soit,
Barrault est mort, mais il reste un homme vivant. Alors qu’est-ce qu’on
fait ? » Aujourd’hui, c’est le monde de la culture dans son ensemble
qui est en danger de mort : « Alors qu’est-ce qu’on fait ? »
Comme en 1968, l’Odéon devient un lieu de convergence. Le théâtre a été
rejoint par tous ceux qui meurent à petit feu dans l’événementiel, le tourisme,
la restauration… Des étudiants aux Beaux-Arts aux intérimaires de Manpower, en
passant par les hôtesses de l’air de British Airways, tous portent une même
angoisse quant à leur devenir dans le monde d’après. Ceux de l’Odéon de 1968
enfantaient une utopie et tentaient d’inventer une façon de la vivre. Ceux de
l’Odéon de 2021 veulent continuer à vivre de leur travail, que ce ne soit pas
une utopie. Ce théâtre chargé de lutte est devenu le premier maillon d’une
chaîne qui relie d’autres scènes partout en France. Pas question de minimiser
la crise sanitaire, mais de revendiquer qu’elle ne se double plus d’une crise
sociale et culturelle insurmontable qui serait un désastre pour l’ensemble de
la société.
Derrière les
revendications du monde du théâtre – prolongation de l’année blanche, mesures
d’accompagnement pour tous ceux qui ne peuvent pas travailler, réouverture des
lieux avec des dispositions sanitaires, mesures d’accompagnement à la reprise –
pourraient s’imaginer une démocratisation amplifiée de l’accès à la culture et
un renouveau du spectacle vivant. Loin des miettes annoncées par Jean Castex,
les prévisibles embouteillages de spectacles devraient aider à penser une
nouvelle étape de la décentralisation culturelle, et la prolongation de l’année
blanche pour les intermittents du spectacle, à imaginer des dispositifs
novateurs pour les « intermittents de l’emploi ».

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