Maung Maung, Président
de la Confédération des syndicats de Birmanie (CTUM) défie la junte et
salue l’action des salariés dans tous les domaines, clé pour empêcher les
militaires d’accomplir leurs forfaits. ENTRETIEN
Quelle est la situation des syndicats depuis l’instauration de la junte ?
MAUNG MAUNG : La répression s’accentue
contre tous ceux qui s’opposent à la junte. Ils frappent les membres de nos
syndicats, les arrêtent pendant la nuit. Voilà ce qui se passe en ce moment.
Très récemment, les militaires ont déclaré « illégales » seize organisations et
dit qu’ils allaient procéder à l’arrestation de leurs adhérents et de leurs
dirigeants. Par ailleurs, deux fédérations et une confédération ne sont pas
encore sur la liste. C’est-à-dire que nous ne sommes pas illégaux. Mais nous
nous attendons à ce que la situation ne reste pas en l’état et que nous ne
soyons bientôt plus autorisés. Parce que nous avons dit au gouvernement, aux
militaires, que nous refusons de travailler avec eux. Nous ne participons pas,
et nous ne participerons pas à ce qu’ils appellent le Forum tripartite pour le
dialogue parce qu’y siègent des militaires et non pas le gouvernement.
Cela signifie-t-il que vous allez devoir passer dans la clandestinité ?
MAUNG MAUNG : Pour l’instant,
nous faisons ce qu’il faut pour ne pas être arrêtés !
Comment vous organisez-vous avec les syndicats ?
MAUNG MAUNG : Lorsque Internet
est disponible, nous en profitons pour utiliser les réseaux sociaux. Autrement,
nous organisons les gens dans des secteurs bien localisés, là où ils vivent,
peuvent se croiser et se parler. Nos représentants peuvent ainsi mettre en
place les actions avec les communautés locales.
Qui sont les gens qui manifestent ?
MAUNG MAUNG : Ce sont des
jeunes pour la plupart. C’est la génération Z. Ils sont très en colère parce
que leur vote n’a pas été respecté. Et les communautés sont également
particulièrement remontées parce qu’elles voient leurs jeunes se faire frapper
ou tirer dessus par les militaires. Beaucoup sont morts, touchés par des
balles. Ce sont donc l’ensemble des communautés dans tout le pays qui se
mobilisent actuellement, auxquelles il faut ajouter les syndicalistes, les gens
des médias et du monde de la culture. Beaucoup d’actrices et d’acteurs
manifestent. Autant dire que presque tout le monde fait partie du soulèvement.
Il semble que la répression se soit accrue et particulièrement contre les
syndicats. Pour quelles raisons ?
MAUNG MAUNG : Ils ont accentué
la répression et notamment contre nous, car nous sommes ceux qui peuvent
stopper les infrastructures du pays. Par exemple, depuis le 3 février, un
seul train est parti de la capitale, Naypyidaw, pour rejoindre Rangoun. Un seul
en un mois alors que, normalement, il y en a des dizaines qui relient les deux
villes. Autre exemple, dans le secteur de l’énergie, nous avons stoppé les
raffineries, empêchant ainsi les militaires d’avoir du fuel. Comme ils n’en ont
plus, ils essaient d’en acheter à Singapour pour en faire venir par bateau.
Mais, sur les ports, les dockers ont arrêté le travail. Même situation pour le
transport aérien. À Rangoun il n’y a qu’une seule plateforme aéroportuaire
d’importance. Le personnel ne travaille pas. Les ingénieurs aéronautiques non
plus, tout comme les contrôleurs aériens. Les salariés sont donc dans la
capacité de stopper la logistique du pays, ce qui signifie que la junte ne peut
déplacer ses troupes ni même vendre les marchandises. Donc, les militaires sont
particulièrement remontés contre les syndicats.
Quelle est la différence entre le mouvement actuel et celui qui avait pris
place en 1988, déjà contre le coup d’État militaire ?
MAUNG MAUNG : Il a y
énormément de différences. En 1988, il s’agissait d’un soulèvement du peuple,
mais il n’y avait pas eu d’élections. En 1990, il y a eu des élections, les
militaires ont fait un coup d’État mais il n’y avait pas de soulèvement
populaire. Cette fois, nous avons eu une élection et les militaires ont perdu.
Un soulèvement a lieu, les soldats tirent mais ça n’éteint pas la révolte. Au
contraire, il y a de plus en plus de gens qui participent aux manifestations.
Et ça se passe dans l’ensemble du pays, pas uniquement dans les grandes villes.
Enfin, les communautés sont impliquées. Ce ne sont pas seulement les étudiants.
Tous les secteurs sont touchés, qu’ils soient publics ou privés.Mais, dans le
même temps, les représentants élus, à Rangoun, ont été capables de former ce
qu’ils appellent le Comité pour représenter le Pyidaungsu Hluttaw (le
Parlement), le CRPH. Ils sont à Rangoun, et n’ont pas été arrêtés. Ils ont
formé une sorte de gouvernement parallèle qui fonctionne maintenant. C’est
complètement différent de 1988.
Comment travaillez-vous avec ce Comité ?
MAUNG MAUNG : Nous travaillons en
coordination. Nous avons des rencontres et des discussions via Zoom. Même si
nous ne sommes pas ensemble, nous sommes capables de nous organiser au
quotidien. Et je peux vous dire que ça fonctionne !
Comment connectez-vous les droits sociaux et les projets démocratiques dans
votre lutte ?
MAUNG MAUNG : Depuis huit ans,
nous avons connu des progrès significatifs qui viennent d’être stoppés. Nous
nous sommes mis d’accord sur deux points essentiels : le premier est de se
débarrasser du régime militaire et ses intérêts économiques. Le second est de
mettre en place une union fédérale démocratique.
La solidarité internationale est-elle importante dans votre combat ?
MAUNG MAUNG :Bien sûr, c’est
important. Il y a eu des déclarations. Mais nous avons besoin d’actions
internationales pour empêcher que les revenus n’aillent aux militaires. Cela
nous aidera à bouger plus vite. Les militaires ayant la main sur tout, s’ils ne
perçoivent plus rien, ils s’écrouleront.
Qu’attendez-vous dans les prochains jours ?
MAUNG MAUNG : Je dirais plutôt : qu’est-ce que
nous devons faire dans les prochains jours ? Il faut que les travailleurs et
les communautés maintiennent la pression sur le régime. Les représentants
politiques doivent agir au niveau de la communauté internationale. Cette
dernière doit maintenant agir pour asphyxier la junte. Nous ne pouvons pas nous
asseoir et attendre.

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