mercredi 31 mars 2021

Covid-19. Emmanuel Macron ce mercredi à 20 heures : un nouveau pari ?



Florent LE DU

Le président de la République, qui s’exprimera ce mercredi, à 20 heures, martèle qu’il assume « totalement » de ne pas avoir reconfiné l’Hexagone. Mais, alors que la situation sanitaire est désormais critique, que professionnels de santé et responsables politiques appellent à des mesures sanitaires plus strictes, peut-il s’obstiner dans ce pari ?

S’entêter ou se déjuger. Ainsi peut se résumer le dilemme auquel doit faire face Emmanuel Macron. Sommé par de nombreux responsables hospitaliers de durcir les mesures pour combattre la flambée de l’épidémie de Covid-19, le président de la République a répété ces derniers jours qu’il assumait « totalement » son choix de maintenir les écoles et de ne pas reconfiner.

Mais peut-il maintenir cette stratégie, quitte à saturer encore davantage des hôpitaux en forte tension ? Doit-il au contraire avouer que celle-ci n’est plus la bonne, qu’il s’est trompé et qu’un nouveau reconfinement est nécessaire ? Le chef de l’État devrait y répondre ce mercredi soir, à l’issue du conseil de défense sanitaire qu’il préside.

Injonctions du conseil scientifique

Cette allocution, les Français, qui ont bien compris que ces décisions viennent d’en haut, l’attendent depuis longtemps. Toutes les semaines ou presque, la rumeur d’une intervention présidentielle s’est propagée en janvier et février. Le déferlement des variants sur l’Hexagone et les injonctions du conseil scientifique à durcir les mesures – réitérées dans son avis du 11 mars – auraient dû pousser Emmanuel Macron à prendre la parole, au moins dans un souci de clarté. Il n’en a rien été.

Icon QuoteJe peux vous affirmer que je n’ai aucun mea culpa à faire, aucun remords, aucun constat d’échec.EMMANUEL MACRON, le 25 mars

Le chef de l’État a bien fini par passer une tête devant les caméras de télévision, jeudi soir, lors d’une conférence de presse improvisée. Mais on n’en retiendra qu’une déclaration pleine d’autosatisfaction : « Je peux vous affirmer que je n’ai aucun mea culpa à faire, aucun remords, aucun constat d’échec. »

Si on peut l’interpréter comme une autoévaluation globale de la part d’Emmanuel Macron, cette phrase se rapporte en réalité à son choix de ne pas avoir reconfiné l’Hexagone fin janvier, malgré les préconisations du conseil scientifique. « Certains nous disaient : “En février vous allez prendre le mur.” On ne s’est pas pris le mur », a-t-il ajouté dans le Journal du dimanche le 28 mars.

Une « flambée » à venir

Pourtant, les modèles épidémiologiques qui lui ont été rendus fin janvier évoquent bien une « flambée » à venir, mais en précisant que son échéance était « incertaine », pouvant intervenir « durant les mois de février ou de mars ». «  Nous y sommes, et cela aurait pu être évité avec des mesures strictes prises dès janvier », affirme Jean-François Timsit, chef du service réanimation de l’hôpital Bichat, à Paris.

Qu’importe la vérité, pourvu qu’il ne perde pas la face. Et c’est précisément cela qui inquiète. Le président de la République martèle ses certitudes, quand bien même l’épidémie de Covid-19, pas avare en surprises et rebondissements, devrait inspirer l’humilité.

Enjeux électoralistes ?

À moins d’un an de la présidentielle, Emmanuel Macron soigne sa communication et semble peu enclin à se dédire publiquement, qui plus est en prenant des mesures impopulaires comme un reconfinement. Mais ses choix ne doivent pas être guidés par des enjeux électoralistes. La Macronie s’en défend : « Le choix de ne pas reconfiner a été gagnant en termes de conséquences sociales, de santé mentale et pour l’économie du pays », assure Stanislas Guerini, délégué général de LaREM.

Ces arguments sont à prendre en compte et un retour au confinement strict comme au printemps 2020 serait à nouveau source d’inégalités. La lassitude des Français face aux restrictions de liberté semble également échauder l’exécutif, alors que 71 % d’entre eux seraient contre un reconfinement, selon une enquête Odoxa parue mardi.

Logique économique

Mais « l’opinion » n’est pas la seule source de pression. La logique économique dicte en grande partie les choix du gouvernement. Et le Medef ne manque pas de distiller ses conseils en la matière : son président, Geoffroy Roux de Bézieux, a ainsi tenu à évoquer « les conséquences économiques d’une fermeture des écoles » et sa volonté de restreindre le télétravail, mardi sur LCI.

Reste que l’urgence est là. Lundi, 4 974 malades du Covid-19 se trouvaient en réanimation, soit plus que lors du pic de la deuxième vague d’octobre. L’Île-de-France connaît des taux d’incidence jamais observés depuis le début de l’épidémie et ses hôpitaux sont déjà saturés.

Sonnette d'alarme

Dans une tribune publiée dimanche, dans le Journal du dimanche, 41 chefs de service de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) tirent la sonnette d’alarme, évoquant un tri des patients inéluctable. « Macron a fait un pari mais il doit y renoncer, on ne joue pas avec des vies humaines », déplore Fabien Roussel. Le secrétaire national du PCF appelle à prendre des mesures sanitaires fortes, comme une grande partie de l’opposition, ce qui n’était pas le cas en janvier 

Alors, Emmanuel Macron s’obstinera-t-il dans sa stratégie de « freiner sa ns enfermer » ? Il est en tout cas attendu au tournant : qu’il maintienne ses lignes rouges ou qu’il y renonce, son choix pourra être perçu comme un échec politique. Le chef de l’État ne le doit qu’à lui-même. Voulant décider tout seul de tout, muselant le Parlement, voire son gouvernement, le président de la République devient quasiment le seul comptable de cette crise sanitaire. Maître des horloges, il prévoyait il y a un mois un assouplissement des mesures « d’ici quatre à six semaines », misant sur une vaccination des plus vulnérables qui peine à atteindre ses objectifs. Il doit désormais assumer ces promesses irréalisables. La tâche est difficile, surtout sans humilité.

 

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