En 1453, à la veille de la prise de Byzance par les Turcs, ses habitants
s’affrontaient à propos du sexe des anges. Les débats à l’Assemblée sur le
projet de loi climat et résilience ont des chances d’être à cette image en même
temps que le théâtre de guerres picrocholines. Alors que 5 000 amendements
sont déposés, dont 1 500 pour la majorité décidée à donner le sentiment qu’elle
prend la question à bras-le-corps, on pressent des combats sur des points comme
les étiquetages antipub sur les boîtes à lettres poussés par un député LaREM
qui se dit ambitieux. La guerre picrocholine verra le projet de référendum
envisagé par Emmanuel Macron pour inscrire dans la Constitution la préservation
de l’environnement combattu on ne sait trop comment par la droite, consciente
du piège de ce qui finirait en une sorte de plébiscite. Difficile en effet de
répondre non à une question ressemblant en somme à celle-ci : préférez-vous
défendre la planète ou la laisser brûler, être riche et bien portant ou pauvre
et malade ?
Mais c’est, on le sait, la façon dont Emmanuel Macron entend se débarrasser
une bonne fois pour toutes et sans vergogne des propositions concrètes de la
Convention citoyenne et de ceux que Jean Castex renvoie désormais à leur
« ayatollisme ». On pensait désuet le vieil adage selon lequel les promesses
n’engagent que ceux qui y croient. Eh bien non. L’opération Convention s’avère
être, selon les mots du réalisateur Cyril Dion, « un déni de
démocratie ».
Et pendant ce temps-là,
selon un rapport du Conseil environnemental, les banques européennes et
singulièrement les françaises rechignent à financer les vrais investissements
verts et de long terme. Et pendant ce temps-là, le gouvernement s’engage avec
le projet Hercule dans la privatisation d’EDF, les accords de libre-échange se
signent, les grands pollueurs ont le nez sur leur taux de profit… Et pendant ce
temps-là, comme les Turcs jadis aux portes de Byzance, le réchauffement
climatique et la pollution de la planète même n’attendent pas.

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