La municipalité a décidé
d’organiser une série d’initiatives pour les 150 ans de la révolution
de 1871. Entretien.
LAURENCE PATRICE, Maire
adjointe PCF en charge de la mémoire
Que représente la Commune de Paris pour la capitale et pourquoi la
célébrer ?
Laurence Patrice : La Commune de Paris est totalement constitutive de
l’histoire de la capitale. C’est un moment unique durant lequel les Parisiens
du petit peuple, les ouvriers les plus modestes, les femmes comme les hommes
ont décidé de prendre en main leur destin. Après l’effroyable siège de Paris,
ils se sont organisés face au risque d’une restauration de la monarchie par les
versaillais. Ils ont décidé ensemble de faire advenir une République
démocratique et sociale, lors d’un bouillonnement citoyen et d’une expérience
politique uniques dans notre ville. Tout ce qui a alors été porté par la
Commune a de forts échos aujourd’hui : la question de la démocratie directe,
avec des élus qui représentent véritablement les citoyens, et bien sûr celle de
l’égalité entre les femmes et les hommes, puisque les communardes étaient aux
avant-postes de cette révolution. Pendant soixante-douze jours, les Parisiens
se sont prononcés pour la revalorisation des salaires, la réquisition des
logements vacants, l’école gratuite et laïque, la séparation de l’Église et de
l’État, la citoyenneté pour les étrangers… L’exécutif de la gauche parisienne
en place se considère dans la continuité des combats de la Commune. Lui rendre
hommage est à la fois naturel et nécessaire.
Quelle programmation mémorielle, a été mise en place, au sujet de cet
événement majeur mais parfois méconnu ?
LAURENCE PATRICE : Il y a toujours
eu à Paris une mémoire de la Commune portée de génération en génération. Notre
programmation s’inscrit dans cette volonté de transmission, pour que tous les
Parisiens, dont les plus jeunes, puissent connaître et faire vivre cette
histoire. Dès le 18 mars, date du début de l’insurrection,
50 portraits de communards réalisés à taille réelle par l’artiste Dugudus
seront portés place Louise-Michel par les Parisiens. Il s’agit de faire le lien
entre ceux d’hier et d’aujourd’hui, en portant les mêmes valeurs. Ces portraits
seront ensuite affichés en ville. Il y aura des initiatives partout, pendant
soixante-douze jours, avec des conférences, des ateliers, des films, des
expositions, des promenades mémorielles, et la dénomination de nouvelles rues.
Le 2 avril, lectures et musiques seront données sur le parvis de l’Hôtel
de Ville, avant une évocation du procès de Louise Michel à l’intérieur des
murs. Une pièce sera aussi jouée rue de la Fontaine-au-Roi, à l’endroit de la
dernière barricade. Tout le détail de la programmation est disponible sur
Quefaire.paris.fr. Notre volonté est de créer des événements immersifs,
interactifs, dans le respect des gestes barrières et en lien avec les
associations, les artistes et les scolaires. L’envie de s’approprier cet
anniversaire est grande au sein de la population. La fresque qui sera peinte à
Belleville a d’ailleurs été votée par les Parisiens dans le cadre du budget
participatif.
La Commune ne fait pas consensus, et les célébrations ont été vivement
attaquées par des élus de droite en plein Conseil de Paris…
LAURENCE PATRICE : Cet anniversaire réactive une
détestation de la Commune qui anime toujours une partie de la droite. Elle ne
lui pardonne pas d’avoir voulu bâtir une République pleinement démocratique et
sociale et se livre à des caricatures en se concentrant sur quelques exactions
regrettables. Elle fait mine d’ignorer que les violences ont surtout été
dirigées contre les communards, massacrés par milliers pendant la semaine
sanglante, puis déportés par le parti de l’ordre, qui a également puni les
Parisiens en les privant de maire pendant un siècle.

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