Le procès inique intenté aux universitaires reprend
par le biais de la ministre de l’Enseignement supérieur. Elle souhaite
missionner le CNRS face à un mal qui « gangrène », selon elle, la société.
A-t-on jamais vu une ministre de
l’Enseignement supérieur autant stigmatiser les universitaires que Frédérique
Vidal ? Elle entend faire enquêter le Centre national de la recherche
scientifique (CNRS) sur « l’islamo-gauchisme » à l’université. Dans un entretien
hallucinant accordé à Jean-Pierre Elkabbach sur CNews, elle affirme que « l’islamo-gauchisme
gangrène la société dans son ensemble et que l’université n’est pas
imperméable ». Elle souhaite développer un curieux triptyque, baptisé
« danger, vigilance et action », afin de « distinguer de ce qui relève
de la recherche académique de ce qui relève du militantisme et de l’opinion ».
À la question posée par Jean-Pierre
Elkabbach de savoir s’il n’y a pas à l’université « une sorte
d’alliance entre Mao Zedong et l’ayatollah Khomeini », Frédérique Vidal
offre un sourire ravi. « Mais vous avez raison », abonde-t-elle,
avant de souligner que « l’immense majorité des universitaires sont
conscients de cela et luttent contre ». La ministre en profite pour balayer
d’un revers de la main les études sur les personnes dites « racisées », au sens
où elles souffrent du racisme. « En biologie, cela fait longtemps que
l’on sait qu’il n’y a qu’une espèce humaine et qu’il n’y a pas de races. Je
suis tranquille sur ce sujet. » Sauf que, si les races n’existent pas,
le racisme et les discriminations, si… Et, là-dessus, la ministre n’a rien à
dire.
Elle ajoute : « Dans nos
universités, il y a des gens qui peuvent utiliser leurs titres et l’aura qu’ils
ont. Ils sont minoritaires et certains le font pour porter des idées radicales,
ou porter des idées militantes de l’islamogauchisme en regardant toujours tout
par le prisme de leur volonté de diviser, de fracturer et de désigner
l’ennemi. » C’est sûr que la Macronie, en reprenant toujours plus les
mots et thèses de l’extrême droite pour mettre en scène son duel mortifère avec
le RN, concourt de toutes ses forces à la concorde et la cohésion…
Frédérique Vidal rejoint ainsi les
positions de Jean-Michel Blanquer. En octobre 2020, le ministre de l’Éducation
nationale estimait que « l’islamo-gauchisme fait des ravages à
l’université », avant de lancer une accusation gravissime : « Ces
gens-là favorisent une idéologie qui, ensuite, de loin en loin, mène au pire. » La
Conférence des présidents d’université lui avait répondu que « non, les
universités ne sont pas des lieux où se construirait une “idéologie” qui mène
au pire. Non, les universités ne sont pas des lieux d’expression et
d’encouragement du fanatisme. Non, les universités ne sauraient êtres tenues
pour complices du terrorisme ». Le texte précisait que « la
recherche n’est pas responsable des maux de la société, elle les analyse.
L’université est, par essence, un lieu de débats et de construction de l’esprit
critique ».
Mais Frédérique Vidal préfère jeter à la face des
universités un terme d’une ignominie telle que la précédente version date
d’avant la Seconde Guerre mondiale, avec l’hideuse expression de
« judéo-bolchévique ». Les réactions n’ont pas tardé. « Les étudiants
crèvent de faim, certains se suicident, des centaines abandonnent les études,
des milliers ne peuvent plus payer leur loyer, mais la priorité, pour Vidal,
c’est d’enquêter sur “l’islamo-gauchisme”. Pathétique et inquiétant »,
s’indigne Thomas Portes, président de l’Observatoire national de l’extrême
droite. « Affligeante Vidal qui veut charger le CNRS d’organiser la
chasse aux sorcières et déshonore sa fonction », regrette la sénatrice EELV
Esther Benbassa. Même le député LaREM Sacha Houlié tance la ministre : « Il
y a d’autres priorités sur l’université qui méritent toute son attention : la
précarité financière et alimentaire, et le soutien psychologique. »

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