Le temps a beau faire son œuvre, les plaies restent
ouvertes. Prononcez « guerre d’Algérie » dans le débat public, débarquera sans
tarder l’armada des nostalgériques vantant les « bienfaits de la
colonisation », aveugles au racisme systémique qui y a puisé ses racines. En
2017, Emmanuel Macron affirme que « la colonisation est un crime contre
l’humanité », déclenchant l’ire de ses complices d’aujourd’hui.
« Honte à Macron, qui insulte la France à l’étranger ! » s’insurge
alors un certain… Gérald Darmanin. Oui, la colonisation est une « négation
de la civilisation », comme l’affirmait Césaire. « On me lance à la
tête des statistiques, des kilométrages de routes…, écrivait-il. Moi,
je parle de millions d’hommes à qui on a inculqué savamment la peur, le
complexe d’infériorité, le tremblement, l’agenouillement, le désespoir, le
larbinisme. » Alors comment ne pas saluer le rapport commandé par
l’Élysée à l’historien Benjamin Stora, qui sera remis officiellement
aujourd’hui et s’inscrit « dans une volonté nouvelle de réconciliation
des peuples français et algérien » ?
Trop longtemps l’État a cherché à enfouir
la vérité sur les crimes perpétrés par l’armée française. Des milliers de
familles algériennes ne retrouveront jamais les corps de leurs « disparus ».
Toute une génération d’appelés s’est murée dans le silence et la honte avant
que les langues ne se délient et que la vérité finisse par s’imposer. C’est le
sens du combat pour Maurice Audin mené pendant plus de soixante ans dans nos
colonnes.
La reconnaissance, enfin, en septembre 2018, de ce
crime d’État et de l’usage institutionnalisé de la torture a nourri des
espoirs, vite refroidis. En effet, loin des projecteurs, une récente
instruction interministérielle entrave l’accès aux documents
« secret-défense ». Dans la plus grande indifférence, les travaux
universitaires sur certaines périodes sensibles sont à l’arrêt. Alors, Monsieur
le Président, si vous voulez vraiment « apaiser » les mémoires, laissez les
historiens travailler ! C’est la condition indispensable pour que la France
examine sereinement son passé.

'' Trop longtemps l’État a cherché à enfouir la vérité sur les crimes perpétrés par l’armée française. Des milliers de familles algériennes ne retrouveront jamais les corps de leurs « disparus ». Toute une génération d’appelés s’est murée dans le silence et la honte avant que les langues ne se délient et que la vérité finisse par s’imposer. C’est le sens du combat pour Maurice Audin mené pendant plus de soixante ans dans nos colonnes.
RépondreSupprimerLa reconnaissance, enfin, en septembre 2018, de ce crime d’État et de l’usage institutionnalisé de la torture a nourri des espoirs, vite refroidis. En effet, loin des projecteurs, une récente instruction interministérielle entrave l’accès aux documents « secret-défense ». Dans la plus grande indifférence, les travaux universitaires sur certaines périodes sensibles sont à l’arrêt. Alors, Monsieur le Président, si vous voulez vraiment « apaiser » les mémoires, laissez les historiens travailler ! C’est la condition indispensable pour que la France examine sereinement son passé.'' !!!!