Les scènes des émeutiers s’attaquant au
Capitole après avoir été chauffés à blanc par leur suprême guide rappellent les
plus sordides épisodes de l’histoire. Donald Trump ne se refuse pas seulement à
reconnaître le verdict des urnes. Il n’aurait pas boudé une option « coup de
force » pour se maintenir au pouvoir. On aurait tort néanmoins de considérer
l’assaut du Capitole de ce 6 janvier 2021 comme l’ultime foucade d’un personnage
délirant avant une sortie de piste inéluctable.
Trump et le trumpisme ne disparaîtront pas
comme de malheureux avatars dont il suffirait de débarrasser la Maison-Blanche
pour que prospère à nouveau une démocratie états-unienne, si volontiers présentée
comme exemplaire pour tout l’Occident. Ils sont les symptômes fascistes d’une
maladie qui ronge en profondeur tout un système. Le milliardaire bonimenteur ne
figure que le dernier étage d’un édifice miné par l’argent et la
toute-puissance des financiers de Wall Street.
Plus de 12 milliards de dollars,
record historique, ont été dépensés par de très riches donateurs dans les
élections du 3 novembre. Les élus de tous bords, représentants et
sénateurs, arrosés si copieusement, s’empressent de renvoyer l’ascenseur à
leurs puissants parrains – Black-Rock, industrie pharmaceutique, de
l’automobile, du pétrole, lobby des armes à feu… –, de peur de se voir couper
les vivres électoraux. Comme en d’autres lieux mais de façon plus outrée, la
démocratie états-unienne est confisquée. Le populisme, l’extrême droite et les
complotistes en font leur miel.
Dans une intervention, début 2019, qui a fait date au
Congrès, la jeune élue new-yorkaise de gauche Alexandria Ocasio-Cortez avait
administré une preuve magistrale de cet état de corruption généralisé, où
les « conflits d’intérêts sont légalisés ». Ce système,
avait-elle conclu, est « fondamentalement déglingué ».
L’alternative, plaide-t-elle, est « forcément éthique » et
fondée sur de vrais pouvoirs « aux citoyens ordinaires. »

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