Le chef de l’État souhaite faire de l’histoire franco-algérienne
un marqueur fort de son quinquennat. Mais le doute demeure quant à la sincérité
de ses intentions.
«Une démarche sur la mémoire de la
guerre d’Algérie et de la colonisation » : c’est en ces termes que
l’entourage d’Emmanuel Macron a défini, mercredi, la volonté du chef de l’État,
au cours d’un off conçu comme un service après-vente du rapport de l’historien
Benjamin Stora. À la façon de fameux discours de Jacques Chirac, en 1995, sur
le rôle de la France dans la Shoah, Emmanuel Macron a fait de la question de la
colonisation et de la guerre d’Algérie un enjeu mémoriel emblématique de son
quinquennat, pour « regarder l’histoire en face, de façon à construire
une mémoire de l’intégration républicaine ». Et ce, qu’il s’agisse de
problématiques franco-algériennes ou franco-françaises, comme l’enseignement de
la colonisation et de la guerre d’Algérie dans les programmes scolaires
français, pour l’heure largement euphémisé, voire passé sous silence.
D’ailleurs, assurent ses
conseillers, « Emmanuel Macron ne regrette nullement les propos tenus
lors de sa visite à Alger en 2017, alors qu’il était candidat ». Des
propos qui reconnaissaient la colonisation comme « un crime contre
l’humanité », et le dispensent aujourd’hui, selon lui, de toute forme
d’excuses ou de repentance. « Là n’est plus le sujet, assure
son entourage, que pouvait-il dire de plus ? Aujourd’hui, il s’agit de
faire. »
Faire, c’est donc tout l’enjeu de ces
prochains mois, après les 22 préconisations du rapport remis par Benjamin
Stora. La plus importante consiste à la création d’une commission « Mémoire et
vérité », composée de « différentes personnalités engagées dans le
dialogue franco-algérien ». Le spectre de ces préconisations est
large, depuis le recueil de témoignages, la publication d’un « guide des
disparus », la préservation des cimetières européens et juifs en Algérie ou
bien encore la facilitation des déplacements des harkis entre les deux pays –
ce qui relève de « l’action diplomatique nécessairement plus longue » , pointent
les conseillers du chef de l’État. Mais d’autres préconisations portent sur un
sujet plus sensible encore : le travail des historiens.
La quasi-impossibilité d’accéder aux archives classées secret-défense
datant d’après 1934
Précisément, la question de l’ouverture des archives,
l’un des engagements du chef de l’État, est un sujet brûlant (lire notre
édition du 20 janvier). Car, depuis plus d’un an, de nombreux historiens
et collectifs d’archivistes, dont l’Association des archivistes français, celle
des historiens contemporanéistes et l’Association Josette & Maurice Audin
dénoncent la quasi-impossibilité d’accéder aux archives classées secret-défense
datant d’après 1934, ce qui « ouvre la porte à une gestion arbitraire
de l’accès aux archives de la nation ». Un recours au Conseil d’État a été
déposé, en septembre 2020, contre l’instruction interministérielle
1300 qui organise la consultation de ces documents. L’entourage d’Emmanuel
Macron reconnaît un problème de « pratique stricte de la protection du
secret (qui) est vécue comme un recul », et assure travailler à « réconcilier
Code du patrimoine et Code pénal ». Promis, juré : l’exécutif « étudie
avec intérêt l’argumentaire des associations », et l’accès aux
archives sera possible « dans les prochaines semaines ». Mais la
vigilance reste de mise pour une période aussi sensible. Car, dans la lignée de
la reconnaissance de la responsabilité de l’État dans la disparition de Maurice
Audin, Emmanuel Macron sait qu’il joue gros politiquement sur la question de la
mémoire collective franco-algérienne, comme le martèlent ses
conseillers : « L’histoire jugera ce que nous entreprenons. » Pas
seulement l’histoire.

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