Macron et le
déclassement français.
Pouvoir. Les conflits
forgent les caractères et changent les paradigmes – à condition d’en théoriser
les buts comme les conséquences, faute de quoi, les cloches des morts jettent
leur chanson aux corbeaux qui s’envolent, la brise murmure aux cyprès des
chants funèbres. Face à la crise (et toutes les crises cumulées), Mac Macron se
révèle bien plus qu’un simple prince-président choisi par une oligarchie au
service de la caste supérieure: il est désormais le symptôme d’une certaine
idée du déclin français, son incarnation absolue. Ci-devant, un chef de l’État
plus confusionniste que visionnaire, à l’image de ce «macronisme» impossible à
définir en vérité. Sauf sur un point essentiel qui n’a rien d’énigmatique. Mac
Macron semble en effet parachever un cycle entamé bien plus tôt par ses
prédécesseurs et toutes les lignées qui les entouraient, consistant à ce que la
France ne soit plus gouvernée au sens de la planification politique, mais juste
administrée par une brochette de technocrates arrogants qui regardent le pays
comme une entreprise, ruinant par là-même les derniers appareils régaliens de
l’État dans le seul but d’asseoir leur propre pouvoir.
Failles. Ce qui se passe
sous nos yeux est tellement déchirant et destructeur que nous ne savons plus
comment réagir. Pourtant, le principal intéressé, qui ne passe pas pour un
inculte en stratégie, remarque depuis des mois que «les Français ont
réaffirmé leur volonté de prendre leur destin en main, de reprendre possession
de leur existence, de leur nation». Constat commun. Sans aucune traduction
concrète. Au contraire, la gestion de la pandémie a révélé de si lourdes
failles et faiblesses que la République est bel et bien tombée de son
piédestal. Une désillusion globale. Ou pour le formuler autrement: une forme de
déclassement. Pénurie de moyens et de matériels, hôpitaux sous tension,
industries laminées, absence totale ou partielle de souveraineté sanitaire et
économique, retard dans la création d’un vaccin: France, pays d’Hugo et de
Pasteur, membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, es-tu vraiment la
sixième puissance mondiale, ou n’affiches-tu symboliquement que ses derniers
oripeaux?
Horizon. Dans une tribune
sèche et impitoyable donnée au Figaro, l’économiste Antoine Levy,
doctorant au Massachusetts Institute of Technology (MIT), donne aisément la
leçon sans que nous ne sachions très bien qui sortira vivant du champ de tir et
à qui profite le crime. Mais qu’importe. «L’ampleur surréaliste de
l’échec français interroge ; elle ne devrait pourtant pas surprendre»,
écrit le normalien à propos de la campagne de vaccination. Selon lui, la
lenteur de la campagne ne serait «que la suite logique de notre gestion
des masques, des tests, du traçage, de l’isolation», le point
nodal «d’un déclassement et d’un appauvrissement organisationnel et
technologique effarant». Comment lui donner tort? D’autant qu’il
ajoute: «C’est aussi le produit de l’arrogance d’un État imbu de
lui-même et imperméable à la critique, de la suffisance d’une administration et
d’une classe politique autosatisfaites, boursouflées, et incapables de la dose
d’humilité. C’est en somme la révélation de la disparition
totale de notre “state capacity”, la faculté de l’action publique à agir
efficacement tout en préservant les libertés, la simple capacité d’accomplir
quelque chose en commun.» La critique, fondée, vient cette fois de
tous côtés et pas uniquement des progressistes de la vraie gauche. Dans le
pseudo nouveau monde macronien, le Jupiter au petit pied n’est que l’instrument
des grandes fortunes et «en-même-temps» (sic) le manipulateur de l’espace
politique. L’audit du bloc-noteur est d’une cruauté insondable: nous ne jouons
plus dans la cour des grands, incapables que nous sommes de dépasser les
incantations. L’examen de conscience sera long. Trop sans doute, pour tous ceux
qui préservent l’horizon indépassable d’une certaine idée de la République
française, de son indépendance, de son caractère universel…

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