L’éditorial de L’Humanité Dimanche du 17 décembre – par Patrick Le Hyaric.
Le
gouvernement a présenté son projet de loi pour, dit-il, « conforter les
principes républicains » en affirmant fièrement que ce « texte s’inscrit dans
la grande tradition des fondateurs de notre République ». Sa simple lecture,
comme celle du projet de loi dit de « sécurité globale » ou encore des
dispositions de fichage généralisé prises en catimini par décret, après les
destructions d’une partie du code du travail et le projet de pulvérisation du
système de retraites par répartition, montrent que le pouvoir ne conforte en
aucun cas lesdits principes : il les détricote méthodiquement.
Ce faisant,
il démembre la République. Il faut d’ailleurs être doté d’une dose
d’hypocrisie hors du commun pour écrire dans ce projet censé « garantir les
principes républicains » que « le service public est le bras armé de
l’impartialité de l’État ». La formule, plus que discutable, est surtout
grotesque quand on doit chaque jour constater que l’État piloté par les fondés
de pouvoir des puissances d’argent s’échine à détruire un à un les services
publics dans leur acception républicaine c’est-à-dire universels. Qu’on en juge
par l’actualité des jours passés ! EDF est menacée d’être découpée en morceaux
avec le bien nommé projet dit « Hercule ». Les projets de privatisation des
transports régionaux se multiplient. Le texte sur « la sécurité globale » vise
avec l’austérité budgétaire à affaiblir le service public de la police
nationale pour favoriser la création de polices municipales qui, peu à peu,
deviendront des délégations de service public, c’est-à-dire des sécurités
privées dans le cadre d’une surveillance toujours plus grande grâce aux drones
ou à la 5G. L’école est de plus en plus ouverte aux intrusions du privé, et la
douloureuse expérience de ces derniers mois montre dans quelle piètre estime
les comptables au service du capitalisme tiennent le service public de la
santé.
Après avoir
essoré les collectivités territoriales, le texte initial du projet de loi
n’hésitait pas à parler de « carences républicaines » des maires pour
mieux les placer sous tutelle des préfets. Une procédure dérogatoire à la loi
de 1881 sur la presse est envisagée en lien avec l’article 24 de la loi
sécurité. Bref, le pouvoir ampute la République de ce qui la fonde
historiquement : la garantie des libertés publiques, la démocratie sociale et
politique, le soutien à l’éducation laïque, la promotion du progrès social et
environnemental, la coopération internationale entre les peuples et la paix.
Une
République, toujours plus amaigrie, dépouillée de ses ambitions sociales et
démocratiques sous la pression du capitalisme financier autoritaire et
militarisé surplombée par les injonctions des traités européens, ne peut que se
transformer en régime autoritaire, ultralibéral, antipopulaire suscitant défiance
et révoltes.
Le principe
de séparation des Églises et de l’État est ainsi dévoyé pour servir d’outil de
contrôle sur la population. La laïcité ne peut être efficace contre les
fondamentalismes religieux que dans la mesure où elle reste fidèle à sa vocation
égalitaire. Et la mise à distance du religieux de l’espace délibératif n’est
possible que si la démocratie est belle et bien vivante. C’est la grande leçon
de Jean Jaurès, architecte décisif avec d’autres de la loi de 1905. Il est
illusoire de vouloir recoudre le lien social et civique qui fonde l’idée
républicaine en s’acharnant à défaire le commun, en livrant nos secteurs
publics au privé qui s’en gave. Au contraire, plus de propriété sociale et
démocratique permettra de refonder la République sociale, démocratique, laïque.
Ce qui appelle un autre pouvoir.

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