Après six mois de travaux et une cinquantaine
d’auditions, la commission d’enquête parlementaire sur la gestion de crise doit
publier son rapport, ce lundi. Le député Pierre Dharréville (PCF) l’a voté mais
émet quelques réserves.
Le rapport d’Éric Ciotti (LR), issu de la commission
d’enquête de l’Assemblée nationale sur le Covid-19, révélé en avant-première
par les députés LR à l’issue du vote la semaine dernière, dresse un bilan
accablant de la gestion de la crise sanitaire. Il fustige notamment les
difficultés d’organisation et de coordination rencontrées par les agences
sanitaires et le gouvernement, sans pour autant critiquer frontalement un grand
nombre de choix politiques. Membre de la commission, le communiste Pierre
Dharréville revient sur le bilan de ces travaux.
Quel regard portez-vous
sur le rapport de la commission d’enquête, rédigé par Éric Ciotti ?
PIERRE
DHARRÉVILLE : Je l’ai voté, car il reprend des
constats justes tirés de la cinquantaine d’auditions que nous avons pu
conduire. De nombreux dysfonctionnements et défaillances ont pu être révélés,
et il est important qu’ils soient gravés dans le marbre. Nous avons notamment
pu constater que l’affaiblissement progressif des structures et agences
sanitaires nous a placés dans une situation intenable, une impréparation qui a
surtout été flagrante sur la question des masques et des matériels
stratégiques. Puis, lorsque la crise a éclaté, l’État a tardé à commander des
équipements de protection. Cette crise révèle l’affaiblissement global de
l’appareil d’État, de ses moyens humains notamment. Sur la gestion de la crise,
il est bien expliqué que beaucoup de décisions ont été prises trop tardivement.
Mais je n’aurais pas écrit ce rapport de la même façon : il me semble que de
nombreux aspects importants pour comprendre cette crise ont été oubliés.
Pour expliquer les nombreux
couacs survenus à l’occasion de la crise, le rapport met en avant les
difficultés de coordination entre les différentes agences sanitaires mais aussi
au sein du gouvernement. En revanche, très peu de choix politiques sont remis
en cause, vous le regrettez ?
PIERRE
DHARRÉVILLE : Oui, je l’ai d’ailleurs fait
remarquer au rapporteur Éric Ciotti : si nous en sommes arrivés là, c’est parce
que, avant et pendant la crise, des choix politiques néolibéraux, d’austérité
ont été faits. On peut regretter que ce rapport n’évoque pas ou peu la casse de
l’hôpital public, qui nous a conduits à une situation de fragilité extrême de
notre système de santé. Il y a ensuite le choix d’une gestion très centralisée,
verticale, par la contrainte, tout au long de la crise. Après un flou sur le
pilotage lors des premières semaines, les décisions ont été prises et annoncées
par le président de la République en personne, sans véritable espace de
délibération. Revenir sur cette gestion verticale aurait permis de questionner
la meilleure manière de faire accepter des mesures contraignantes à la
population. Se demander comment se sont produites les nombreuses erreurs
commises pendant la crise, sur les pénuries, l’échec de la stratégie de
dépistage massif, l’impréparation de la deuxième vague, également. De ces
grandes erreurs du gouvernement, il faut tirer des enseignements. La Macronie a
considéré, comme d’habitude, qu’ils avaient le savoir, et qu’il suffisait
d’utiliser la bonne technique pour traiter les problèmes. Il y a donc une gestion
d’autant plus technocratique en temps de crise, alors que les événements nous
ont montré qu’il y a besoin de démocratie.
Parmi les
recommandations de la commission d’enquête, la proposition phare est la
création d’un ministère chargé notamment de la restauration de la souveraineté
sanitaire de la France, y souscrivez-vous ?
PIERRE
DHARRÉVILLE : Pourquoi pas, mais à ce stade
c’est plutôt de l’affichage. Il faut surtout qu’il y ait derrière une fonction
publique qui soit au rendez-vous, avec des moyens humains et financiers
importants, à la hauteur de l’enjeu. La crise a révélé le besoin de
relocalisation des productions de médicaments et de matériels hospitaliers, il
y a donc en effet un besoin urgent de pilotage public en la matière, pour ne
plus nous être soumis à la loi du marché. Avec les députés communistes, nous
reformulons donc notre proposition de créer un pôle public du médicament, pour
retrouver la maîtrise de la production, de la fabrication et de la distribution
des produits. Si nous voulons réellement retrouver une souveraineté sanitaire,
il vaut donc mieux réclamer des moyens que simplement un ministère. Mais on
peut se féliciter que le rapport mette en avant ces besoins.
La commission se transforme
La commission d’enquête de l’Assemblée nationale
va poursuivre ses travaux au format de simple mission d’information, forme sous
laquelle elle les avait entrepris dès le mois d’avril. Elle siégera au moins
jusqu’à la levée de l’état d’urgence sanitaire, prévue le 16 février, et
promet d’être particulièrement attentive à la mise en œuvre de la campagne de
vaccination, après les fiascos des masques et du dépistage.

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