L’expérimentation de campagnes de tests à grande
échelle dans trois métropoles ne fait pas l’unanimité, tant sur son efficacité
que sur ses modalités de déploiement.
Sur les pas de certains voisins européens,
notamment la Slovaquie et le Royaume-Uni, le gouvernement souhaite
entreprendre, en France, des dépistages massifs du Covid-19. Trois métropoles,
Le Havre (Seine-Maritime), Lille (Nord) et Saint-Étienne (Loire), devraient
ainsi mettre en place dans les prochaines semaines des campagnes à grande
échelle, en s’appuyant notamment sur le déploiement de tests antigéniques
rapides, capables de livrer un résultat en 15 à 30 minutes.
L’idée est de tester, durant une période
donnée, le plus de personnes possible, sur la base du volontariat, afin
d’obtenir une photographie de la circulation du virus et d’identifier des cas
positifs, notamment asymptomatiques. Disposer d’une image précise de la
dynamique épidémique peut permettre « d’évaluer des outils mis en place
pour mieux la maîtriser », estime Bruno Lina, professeur de virologie à
l’hôpital de la Croix-Rousse, à Lyon, et membre du Conseil scientifique.
Une tentative de contrôle de l’épidémie
sur laquelle le virologue juge utile de s’appuyer notamment lors de « la
période charnière » où coïncideront la sortie du confinement et le
début des fêtes de fin d’année, alors même que la circulation du virus est
favorisée par la saison hivernale. Tester à grande échelle peut, enfin,
permettre de « cibler plus précisément certaines zones », pour
essayer de comprendre comment s’y développe la maladie.
Une idée séduisante, qui connaît des limites
C’est d’ailleurs l’ambition du président
de la région Auvergne-Rhône-Alpes, Laurent Wauquiez (LR), qui a annoncé,
vendredi, la création d’un comité scientifique régional, présidé par Bruno
Lina. Son objectif : lancer une campagne de dépistage massive du 16 au
23 décembre. « 1 000 centres de dépistages » devraient
être déployés sur la région et « 10 000 personnels engagés », a
affirmé Laurent Wauquiez, en renvoyant ensuite à « la semaine
prochaine » l’annonce d’autres précisions logistiques. Une initiative
qui a provoqué une certaine confusion. Les maires de Lyon et Villeurbanne
s’inquiètent ainsi du « risque de superposition des politiques
sanitaires ». À Saint-Étienne, le maire, Gaël Perdriau (LR), a demandé
à l’agence régionale de santé (ARS) de s’expliquer sur la mise en place de
dépistages massifs à la fois dans sa ville et à l’échelle régionale. La
campagne de tests annoncée par l’exécutif sur la métropole stéphanoise aura
lieu, selon lui, « à la mi-janvier », pour « préparer
le déconfinement ».
Au-delà des questions de calendrier, le
recours à des campagnes de dépistage massives interroge également une partie de
la communauté scientifique. Si elles sont réclamées depuis plusieurs mois par
plusieurs défenseurs de la stratégie, d’autres ont souligné leurs
limites. « L’idée est très séduisante, mais elle a une limite : chez
les personnes asymptomatiques, il y a une fenêtre de deux ou trois jours où on
ne détecte pas le virus (…). On ne peut pas dépister tous les cas infectés », avait
expliqué le 20 novembre, dans un entretien au Monde, le
président du Conseil scientifique et immunologue, Jean-François Delfraissy.
Isolement des cas positifs : la question n’est pas tranchée
Tester massivement requiert, enfin, une
importante organisation logistique. La mairie du Havre, qui a d’ores et déjà
précisé que sa campagne se tiendrait du 14 au 19 décembre, veut s’appuyer
sur « 20 sites éphémères de dépistage à gros volume » et
sur une offre « au sein même des grandes entreprises, des grands
établissements et des écoles ». Plus de 250 élèves infirmiers et étudiants
en médecine seront notamment mobilisés, a aussi précisé l’ancien premier
ministre et maire de la métropole normande, Édouard Philippe.
Un point crucial reste toutefois à éclaircir : les
modalités d’isolement des cas positifs. À l’image de Bruno Lina, plusieurs voix
soulignent la nécessité de mettre en place un accompagnement plus personnalisé
des personnes concernées ; tandis que d’autres ont évoqué la possibilité d’un
isolement plus contrôlé, voire de possibles sanctions s’il n’était pas respecté.
Quelle stratégie adopter ? Les différents maires des métropoles concernées se
sont bien gardés de trancher la question, renvoyant à des annonces ultérieures
la semaine prochaine. Tout comme le gouvernement, qui veut qu’un débat sur le
sujet ait d’abord lieu au Parlement. Mais celui-ci est attendu au tournant sur
cette question, dont dépend en grande partie l’efficacité d’une campagne
massive de tests.
Les pistes du « m. vaccin »
Dans le
JDD, Alain Fischer, immunologue et « Monsieur Vaccin » du gouvernement,
a dévoilé ses pistes pour rétablir la confiance des Français à l’égard du
vaccin contre le Covid-19. « Dans les trois mois à venir », la
vaccination « va concerner au mieux 3 millions de personnes. Ce
sera sans impact sur la dissémination du virus », a-t-il expliqué. Cette
avancée « ne doit pas apparaître comme une protection collective », susceptible
d’éviter une troisième vague. Selon Santé publique France, seule la moitié des
personnes interrogées en novembre ont l’intention de se faire vacciner contre
le Covid-19, contre deux tiers en juillet.

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