Publié au moment où la loi sur la sécurité globale
déclenche une polémique, le livre blanc sur la sécurité intérieure donne à voir
la stratégie gouvernementale : l’autoritarisme à tous crins.
Initié en 2019 par Christophe Castaner,
maintes fois repoussé, le gouvernement a opportunément publié le livre blanc de
la sécurité intérieure, ce 16 novembre. Un pavé de 332 pages censé définir « la
police du XX Ie siècle », dixit Gérald
Darmanin, et comportant près de 200 mesures nées d’une « concertation
avec experts de la sécurité, élus, préfets, agents de terrain, chercheurs et
universitaires, acteurs de la sécurité privée » et, pour la forme, 100
citoyens choisis… par l’Ifop. Neuf mois plus tard, les services du ministère
ont soigneusement sélectionné les mesures plébiscitées par les forces de
police, tout en écartant tout ce qui les fâche. Certaines sont déjà présentes
dans la loi sur la sécurité globale : la « protection des
fonctionnaires et des militaires », mais également l’élargissement des
compétences de la police municipale et l’extension des missions de la sécurité
privée. Autre train de mesures déjà mis en route par Gérald Darmanin : le
nouveau schéma de maintien de l’ordre.
Forces de police, sécurité routière et sécurité civile concernées
Mais ce livre blanc se veut bien plus
global, et préfigure l’ensemble de la sécurité de demain : dans son
introduction, il caresse l’ambition de « dessiner le pacte de
protection et de sécurité des Français, plaçant l’humain au cœur de
l’action ». Il concerne donc les forces de police, mais aussi la
sécurité routière et la sécurité civile. Pour l’ensemble de ces trois domaines,
il préconise un triplement du budget pour atteindre un objectif de 1 % du
PIB à l’horizon 2030. Parmi les éléments de langage figure la volonté de « recréer
les conditions de la confiance entre la population et les forces de l’ordre ».
Le livre blanc préfigure la fuite en avant technologique
Pourtant, nulle part n’est fait mention
des problèmes qui gangrènent les relations entre citoyens et police : contrôles
au faciès, racisme, violences policières. Pour les services du ministère, si le
fossé se creuse, c’est parce qu’il faut « faire connaître et valoriser
l’action des forces de l’ordre pour ne pas laisser le champ libre aux mises en
cause dont elles font de plus en plus systématiquement l’objet ». Plus
encore, le livre blanc préfigure la fuite en avant technologique, prévoyant sur
ce point de « porter le ministère à la frontière technologique ». Au
menu, la biométrie, la reconnaissance faciale ou l’intelligence artificielle,
sans oublier « l’acquisition de moyens aériens » : les drones.

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