Les 100 milliards d’euros promis par le
gouvernement devraient d’abord profiter aux grandes entreprises, confirme une
évaluation réalisée par deux centres de recherche. EXPLICATIONS.
Les critiques fusent contre le plan de
relance. Ce lundi, c’était au tour des économistes de l’Institut des politiques
publiques (IPP) et du Cepremap (Centre pour la recherche économique et ses
applications) de s’interroger sur la pertinence des 100 milliards d’euros
sur trois ans débloqués par le gouvernement pour faire face à la crise.
Avec, comme cible, la baisse des impôts de production (dont 10 milliards
d’euros dès 2021) à laquelle s’ajoute la poursuite de la baisse de l’impôt sur
les sociétés.
Car la ristourne fiscale profiterait
essentiellement aux grandes entreprises, notamment industrielles, en laissant
de côté « ceux qui ont le plus pâti de la crise du Covid-19 » et qui « ne
bénéficieront pas particulièrement de ce plan ». À l’inverse des aides
d’urgence – comprenant les mesures de chômage partiel, prêts garantis,
exonérations et reports de cotisations – qui ont « permis d’amortir le choc »,
en ciblant les entreprises « dont l’activité avait le plus baissé ainsi que
celles en plus grande vulnérabilité financière », assurent les économistes.
Des mesures qui ont également « aidé des entreprises petites, peu
capitalistiques et peu productives d’avant-crise », notent-ils.
L’investissement public, clé de la relance
Ainsi, l’effet sur la croissance d’une
baisse des impôts de production, estimé par Bercy à 0,5 point de PIB, serait
« très optimiste ». Les économistes s’interrogent également sur le poids de
l’investissement public dans ce budget de relance (un tiers du budget contre
les deux tiers pour la baisse de la fiscalité). Dans un tel contexte
d’incertitude, l’investissement public est, pour eux, la clé de la relance,
surtout à long terme, avec un multiplicateur potentiellement supérieur à
2, explique de son côté l’économiste du Cepremap.
Un plan d’autant plus discutable que le
retour du confinement rend les perspectives de reprise très incertaines et que
le financement de cette mesure n’est pas abordé dans le budget 2021. Selon
leurs estimations, ce deuxième confinement devrait entraîner une perte
d’activité comprise entre 10 et 20 % par rapport à la normale en novembre.
Ce qui représente environ un tiers à deux tiers du choc constaté au printemps
dernier. Si ce deuxième coup d’arrêt de l’activité semble moins fort qu’en
mars-avril, en revanche, l’effet sur le secteur productif pourrait être
« sensiblement aggravé », notamment dans les branches particulièrement
touchées. Ainsi, la croissance pour 2020 plongera au mieux à - 8,6 %, au
pire à - 11 %. « L’incertitude de ce deuxième confinement est donc de
l’ordre de 2,4 % du PIB », soit quelque 50 milliards d’euros.
Des inégalités de revenus amplifiées
Côté ménages, les économistes relèvent que
malgré les mesures, l’effet de la crise a amplifié les inégalités de revenus.
Même si, « d’une façon générale, nos connaissances de l’impact sur les
inégalités de la crise restent encore très incomplètes », notamment sur les
pertes d’emploi et le non-emploi des nouveaux entrants, les économistes
relèvent que « les actifs des ménages les plus modestes exercent en moyenne une
activité dans des secteurs plus durement touchés ». Ce sont également ceux dont
la possibilité de télétravailler est la moins élevée et dont les contrats
(contrat court, intérim) sont les moins protecteurs.
Les aides exceptionnelles aux bénéficiaires d’aides
sociales et l’allocation de rentrée scolaire – qui ont atteint 173 euros
pour les 20 % de ménages les plus modestes – ont permis de compenser en
partie leurs baisses de revenus, note l’étude. À l’inverse, les plus aisés,
« moins touchés par l’activité partielle », ont eu de « moindres pertes de
revenus ».

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