mardi 10 novembre 2020

Télévision. Le rebelle et la juge à la recherche de l’enfant perdue.


Caroline Constant

Éric Cantona incarne pour la troisième fois Thomas Bareski, flic solitaire qui résout des enquêtes délicates en toute liberté.

LE VOYAGEUR

France 3, 21 h 5

Année 1991. Marion s’apprête à fêter ses 8 ans avec ses copains. Son père la filme, au Camescope, pendant les préparatifs, entre rires et câlins. Quelques minutes plus tard, la fillette a disparu. Partie ramasser des coquillages pour améliorer la décoration de la table, elle s’est volatilisée. Ses parents hèlent un gendarme qui passe par là. Ils poursuivent ensemble une mystérieuse moto décrite par des témoins. En vain : on est sur la presqu’île de Noirmoutier, et la mer montante a recouvert le passage vers le continent… Trente ans plus tard, une juge, Claire (Lubna Azabal), rongée par cette affaire, la remet entre les mains de Thomas Bareski, flic itinérant, qui a décidé de consacrer sa vie aux affaires non résolues.

Sans conteste, ce troisième épisode du Voyageur est aussi le ­meilleur. Éric Cantona a désormais posé son personnage et le campe avec panache : il incarne à merveille cet homme solitaire et bourru qui vit dans sa camionnette avec son chien malicieux. Bareski a aussi pour vertu de prendre sur lui la douleur des autres. En l’occurrence celle de la mère de la victime (magnifique Myriam Boyer), celle de la juge, mais aussi celles des hommes de ce village, tous soupçonnés à un moment, et qui en ont gardé du chagrin et de la rancœur.

Cet épisode est aussi le plus douloureux : la disparition non résolue de cette petite fille marque forcément les esprits du coin, mais au-delà. Si Claire fait appel à Bareski, c’est que son propre père, gendarme, a enquêté jusqu’à la folie sur cet enlèvement, sans jamais parvenir à coincer un coupable. Elle forme surtout avec Bareski un duo détonnant : elle est juge, donc très attachée à la procédure. Il est en rupture de ban, et son seul but est de rendre à la justice pieds et poings liés les coupables, quelles qu’en soient les conséquences. L’alliance de ces deux solitudes est d’une vraie délicatesse dans les non-dits, les regards, la complicité. Bareski sort de sa zone de confort, et c’est pour le mieux. 

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