Le géant de l’industrie pharmaceutique se prépare à
externaliser deux sites français fabriquant des principes actifs. L'Humanité s'est
procuré un document interne révélant que des menaces planent sur l’ensemble des
usines chimiques du groupe en France.
Les grandes manœuvres sont en cours
chez Sanofi. Alors que le mastodonte français affiche des
résultats record grâce à la crise du Covid, avec une hausse du chiffre
d’affaires de 5,7 % au troisième trimestre (à taux de change constant),
les restructurations ne connaissent pas de répit. Le 5 novembre, en comité
de groupe France, le géant de l’industrie pharmaceutique a présenté son projet
« Pluton » d’externalisation de six usines européennes de fabrication de
principes actifs, dont deux françaises (Saint-Aubin-lès-Elbeuf et Vertolaye).
La nouvelle entreprise autonome, baptisée NewCo, verrait le jour en 2021 et
serait introduite en Bourse en 2022. La moitié de sa production serait vendue à
la big pharma et l’autre à des laboratoires concurrents.
Vendredi, lors d’une conférence de presse,
la CGT de Sanofi a fait part de son inquiétude quant à la viabilité de cette
entité. « Il y a une interrogation sur les molécules cédées (produites
dans ces usines - NDLR), estime Thierry Bodin, coordonnateur de la CGT
au niveau du groupe. Elles génèrent une faible marge et les procédés de
production seront difficiles à rendre plus rentables. On se pose donc la
question de l’avenir de cet outil industriel. »
Dans cette note interne qui dévoile la
stratégie de Sanofi, l,Humanité a sélectionné les passages révélant la volonté
du géant de l'industrie pharmaceutique de liquider sa production en France. Le
projet Alastor vise ainsi la cession de cette branche d'activité
("carve out", dans le texte) et la fermeture de ses sites de
production "hors IPO", c'est-à-dire en dehors de ceux produisant
des principes actifs (API), dont l'activité va être introduite en Bourse.
2 000 emplois directs seraient menacés à l’horizon 2024
Si Sanofi s’engage à préserver les emplois
et à conserver 30 % de cette société, au moins 50 % des capitaux
devront provenir du secteur privé. Rien n’est donc garanti à moyen terme selon
le syndicat. « Dans ces cas-là, ce sont souvent des fonds d’investissement qui
arrivent. Ils pressent le citron 3-4 ans et ensuite, tout est fini !
assure Manu Blanco, secrétaire général de la fédération CGT de la chimie
(Fnic). Cela va aussi se traduire par une baisse des acquis sociaux et des
salaires. » Avec 130 millions d’euros annuels de crédits alloués par l’État,
soit 1,3 milliard en dix ans, les élus du personnel aimeraient que la
puissance publique demande enfin des comptes au groupe. « On sait que pour
NewCo, il va aussi y avoir versement d’argent public. Si la Banque publique
d’investissement (BPI) met des deniers, elle doit avoir un pouvoir de
décision », avance Jean-Louis Peyren, coordonnateur CGT.
Lettre anonyme
D’autant que la firme envisage d’aller
encore plus loin dans le désengagement productif en France. La CGT a reçu une
lettre anonyme, un mémo classé confidentiel, faisant état d’un autre projet
baptisé « Alastor ». Ce plan signerait ni plus ni moins la disparition des
quatre sites chimiques de l’Hexagone (hors ceux cotés en Bourse) basés à
Ploërmel, Mourenx, Aramon et Sisteron. 2 000 emplois directs seraient menacés à
l’horizon 2024. « Quand nous avons interrogé la direction, elle nous a répondu
que cette note était vraisemblablement fausse, rapporte Jean-Louis Peyren.
C’est un peu light comme défense… »
Ces desseins s’inscrivent pourtant dans la droite ligne
de la stratégie du groupe pharmaceutique. Avec 5 000 emplois supprimés ces 11
dernières années et treize sites rayés de la carte, ces sombres perspectives
n’ont rien d’improbables selon la CGT. « Il y a un pilotage par la marge,
abonde Manu Blanco. Un recentrage sur ce qui a une très forte valeur ajoutée.
En parallèle, ils se désengagent des axes thérapeutiques où il y a des
productions chimiques. » Reçus dans les prochains jours au ministère de
l’Économie, les représentants des salariés exigeront des réponses. « Si l’État
n’intervient pas, Sanofi deviendra le nouvel Alcatel ou Alstom, un gâchis
industriel compromettant l’indépendance thérapeutique de la France et sa
sécurité sanitaire », tranche Thierry Bodin.

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