jeudi 19 novembre 2020

« L’État de droit et le bâton », l’éditorial de Cathy Dos Santos dans l’Humanité



Dans ce monde où les violences rivalisent de haine, comment ne pas être saisi d’un sentiment ­d’insécurité ? La pandémie n’a fait que le renforcer. Face aux inquiétudes, aux détresses protéiformes, il convient d’apporter des solutions à même de sécuriser la vie, de bâtir des digues solides pour garantir les droits fondamentaux.

Ce cadre ne saurait être remplacé par un carcan sécuritaire, faute de réponses aux problèmes de fond. Nous ne parlons pas ici du juste et nécessaire combat contre le terrorisme islamiste. Trop des nôtres en France et de l’autre côté de la Médi­terranée, lorsque l’Algérie agonisait sous les lames des barbus, ont été tués pour que nous ne mesurions pas le danger qu’il recouvre. D’ailleurs, nous n’étions pas très nombreux, à l’époque, à tenir un discours clair et ferme sur la nature de ces crimes et sur qui les perpétrait. C’est pourquoi nous sommes si vigilants quant au projet de loi sur les valeurs de la Répu­blique qu’Emmanuel Macron veut faire adopter le 9 décembre, date d’anniversaire de la loi sur la laïcité de 1905, pour qu’aucune instrumentalisation ne vienne, une fois encore, heurter les droits et les libertés. Car les raisons d’être méfiants s’accumulent dangereusement.

 

La proposition de loi dite de sécurité globale, que dénoncent les professionnels de l’information et des rapporteurs de l’ONU, le livre blanc de la sécurité ou encore la criminalisation des mobilisations étudiantes contenue dans la loi de programmation de la recherche sont autant de menaces qui pèsent sur la démocratie, l’État de droit, les ­libertés individuelles et collectives. Le président de la République ne peut se targuer de vouloir défendre la liberté d’expression tout en la bâillonnant. La politique du bâton ne sera jamais synonyme de sécurité. Elle est toujours l’expression d’un pouvoir fébrile, qui croit ainsi contenir l’impopularité de ses réformes et sa gestion calamiteuse de la pandémie. 

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