Après s’être fait griller la politesse par Pfizer, la
start-up Moderna promet une efficacité record de 94,5 % pour son produit
censé immuniser contre le Covid-19.
La course à la surenchère est lancée à
l’échelle planétaire après l’annonce, par un communiqué de presse de Pfizer,
d’une efficacité à 90 % de son vaccin lors des essais cliniques à grande
échelle (lire notre édition des 10 et 12 novembre). Le fonds
souverain russe qui finance le laboratoire public Gamaleya a, dans la foulée,
évoqué un taux d’efficacité pour son vaccin, Spoutnik-V, de 92 %. Hier, c’est
Moderna, la start-up de biotechnologies américaine qui, juste avant l’ouverture
de la Bourse de New York, a emporté la mise à ce stade : dans sa communication
financière, le groupe promet que son vaccin, basé sur la technologie totalement
nouvelle, et jamais homologuée par les autorités sanitaires jusqu’ici, de
l’acide ribonucléique messager (ARNm) protégerait du Covid-19 à 94,5 %.
Qui dit mieux ?
Dirigé par le Français Stéphane Bancel,
Moderna n’oublie pas, à la différence de Pfizer et de BioNTech, de remercier,
dans son message, les autorités américaines qui ont apporté près de
2,11 milliards d’euros pour le développement et les essais de son candidat
vaccin. Une autorisation de mise sur le marché serait, d’après la start-up, sur
le point d’être adressée aux États-Unis, qui pourraient ensuite recevoir un
premier lot de 15 millions de doses, sur un total de 100 millions à
l’heure actuelle, avant la passation de pouvoir entre Donald Trump et Joe Biden
en janvier prochain.
Comme pour les annonces précédentes,
toutefois, la plus grande prudence s’impose, même si les résultats sont
extrêmement encourageants. Moderna décrit un vaccin qui provoquerait très peu
d’effets secondaires et qui aurait l’avantage de se conserver à
– 20 °C, et non pas – 70 °C ou – 80 °C comme
celui de Pfizer. Mais ces données restent partielles : elles ne disent rien de
l’efficacité à moyen terme ou selon les classes d’âge.
Des doutes sur l’efficacité réelle sur l’ensemble des patients
Tout à leur course spéculative, les multinationales
pharmaceutiques sont soupçonnées d’être juge et partie, et elles peuvent le
rester avant la publication des résultats détaillés dans des revues
scientifiques où ils seraient contrôlés et validés par des experts
indépendants. Fin septembre, deux chercheurs américains, Peter Doshi et Eric
Topol, s’alarmaient dans une tribune dans le New York Times que
les protocoles de recherche de Moderna, de Pfizer mais aussi d’AstraZeneca
étaient bâtis pour obtenir des réponses rapides et positives sur des infections
légères chez des jeunes bien portants, mais pas pour démontrer l’efficacité
réelle des candidats vaccins chez les personnes plus âgées ou moins bien
portantes. La critique reste valable. Même, voire surtout, si les marchés
financiers s’enflamment.

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