Le monstre avale tout. Amazon a gagné 73 % de valorisation boursière depuis janvier 2020 et sa capitalisation atteint 1 650 milliards de dollars, l’équivalent du PIB de la Russie. Pour le géant de la vente en ligne, la pandémie est devenue une chance, détruisant sans merci les petits commerces et lui permettant de se repaître des dépouilles. Aux États-Unis, le groupe de vente en ligne règne ; en Europe, il conquiert sans que des pouvoirs publics, comme paralysés, s’y opposent. Les libéraux, comme pétrifiés par le regard de la Gorgone, balancent entre une impuissance accablée et une justification embarrassée de ce rouleau compresseur numérique.
Des dégâts gigantesques se profilent
pourtant. Des dizaines de milliers d’emplois s’effondrent, les centres-villes
sont menacés de déserts commerciaux, un mode de vie privilégiant la proximité
vacille. Amazon ne fait pas de sentiment. Ses salariés triment pour des
salaires de misère, exposés sans vergogne au Covid, des industries passent sous
sa coupe, et il jongle avec les fiscalités des différents pays pour s’y
soustraire largement. L’intérêt général n’est pas proposé au catalogue.
Alors, condamnés à courber l’échine sous le joug de ce
colosse du numérique et des autres Gafam ? Pas du tout ! Sans délai,
l’instauration d’une contribution de solidarité sur ses ventes – plus
26 % au premier trimestre – permettrait de constituer un fonds
d’urgence destiné aux commerces de proximité impactés par la pandémie. La mise
en place d’une plateforme publique de vente numérique conduisant les échanges
dans l’intérêt des consommateurs, des commerces de proximité et des
producteurs, pourrait se substituer à ce profitvore. La distribution même des
marchandises devrait être assumée par un opérateur public et La Poste
trouverait là un nouvel élan. C’est grâce à un bouclier étincelant que Persée
vainquit la Gorgone ? À nous de forger un écu numérique !

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