À entendre les thèmes de la campagne présidentielle aux États-Unis, le citoyen d’une démocratie occidentale croirait rêver. La mort, vendredi, de la magistrate progressiste Ruth Ginsburg entraîne un vide à la Cour suprême qui appelle à être comblé. Le président Donald Trump entend nommer juge – à vie, comme le veut la Constitution – une femme ultraconservatrice. En assurant pour dix à vingt ans une majorité réactionnaire au sein de cette instance, Donald Trump espère, s’il n’est pas bloqué, voir le pouvoir judiciaire revenir sur le droit à l’avortement, mais aussi sur l’Obamacare, la timide réforme de la santé promue par son prédécesseur.
Même dans les plus libéraux des pays
occidentaux, on trouve un système de soins qui, bien qu’attaqué, soigne encore
une grande majorité de citoyens. Aux États-Unis, où la santé est dans les mains
du privé – avec un coût exorbitant : 17 % du PIB, contre 11 % en
France –, un tel dispositif est absent. Les habitants de la première
puissance mondiale en auraient pourtant besoin : le cap des 200 000 morts du
Covid-19 vient d’être franchi ce week-end, révélant les failles d’un système
fait pour pérenniser la domination du capital financier.
Ce modèle est de plus en plus contesté par de larges
pans de la société. Que ce soit sur une demande d’égalité entre les sexes avec
la marche des femmes de 2017, sur l’exigence qui monte d’un système universel
public de soins de santé, ou encore le refus des violences policières avec le
mouvement Black Lives Matter. Joe Biden, qui joue la seule carte de l’antitrumpisme
au risque de démobiliser l’aile gauche des démocrates, peine à incarner ces
aspirations nouvelles. Sera-ce son talon d’Achille ? La stratégie de Donald
Trump est limpide. Comme toutes les extrêmes droites, il verrouille tout,
notamment la Cour suprême, pour empêcher le progrès. Et, face au risque de ne
pas être réélu, il avale la clef avant de partir.

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