Lors de la première manifestation de cette rentrée
sociale bouillante, des milliers de personnes ont dénoncé à travers le pays la
politique de relance du gouvernement, à rebours des besoins actuels.
« L ’urgence,
c’est d’imposer le progrès social ! » Sur le parcours parisien de la manifestation
à l’appel de la CGT, de la FSU, de Solidaires et des organisations de jeunesse,
de République à Nation, des dizaines d’arbres étaient tapissés de ce slogan à
contre-courant des orientations actuelles. Plus loin, une pancarte faisait
référence à la dernière saillie méprisante du président de la
République : « les amish en colère sont dans la rue », résumant
l’état d’esprit du cortège. Pour Christine Huet, infirmière de bloc et élue
CGT, le Ségur de la santé n’a strictement rien changé à son quotidien dans son
hôpital de Beaumont-sur-Oise (Val-d’Oise). « On va supprimer
20 postes pour les administratifs et 30 pour les soignants et on pourrait
fermer un service d’ici la fin de l’année ! » s’agace-t-elle. Depuis
peu, la médecine générale a, à nouveau, été convertie en unité Covid, mais sans
renfort de personnel. « Du coup, ils se sont mis en grève en début de
semaine. On se sent méprisés, et encore plus depuis que nous savons que seuls
les soignants ayant été sous oxygène auront une reconnaissance en maladie
professionnelle du coronavirus, ce qui concerne 2 personnes sur les
44 agents qui ont été malades à l’hôpital… »
Inflexion pro-entreprise de l’exécutif
Pour la première mobilisation de cette
rentrée dévastatrice sur le front de l’emploi, les 10 000 manifestants
parisiens (selon la CGT) ont également dénoncé l’inflexion pro-entreprise de
l’exécutif, à son apogée avec le plan de relance. « Il n’y a que
1 milliard consacré aux salariés, lance Frédéric Gérard, délégué
syndical national CGT et caissier à Vernouillet (Yvelines), on était
sous les projecteurs pendant le confinement et là, c’est fini ! Emmanuel Macron
aurait pu nous redonner du pouvoir d’achat. Nous avons des employées, mères
célibataires avec trois enfants, touchant 800 euros par mois. » Dans
deux Biocoop parisiennes, les conditions de travail sont également dénoncées
depuis une lutte entamée le 9 juillet. « On veut nous contraindre
à travailler le dimanche, payés au Smic, pendant que la marque vante son
engagement éthique pour la culture des palmiers », assène Jérémy, un
des grévistes. Un peu plus tôt, la direction régionale des affaires culturelles
(Drac) avait été envahie par la CGT pour exiger un réel plan d’action dans ce
secteur sinistré par la crise. Comme le rappelle Éric Fleurimont, secrétaire
national du Synptac-CGT (professionnels du théâtre et des activités
culturelles) : « On n’a pas beaucoup de visibilité pour l’avenir. La
prolongation des droits des intermittents au 31 août n’est pas suffisante.
On a en plus appris que son coût allait être déduit de l’enveloppe allouée pour
soutenir la culture. On nous donne d’une main pour reprendre de l’autre. »
À Lyon, ce sont environ
4 000 manifestants qui ont défilé de la Manufacture des tabacs à la place
Bellecour. Un cortège réduit mais toujours aussi déterminé. « On
reprend le mouvement contre la réforme des retraites qui a été suspendu avec le
confinement. Blanquer avait fait des promesses mais on ne voit toujours rien
venir. On continue aussi à se mobiliser contre la réforme du lycée », explique
Françoise, enseignante en histoire-géo au lycée Brossolette, à Villeurbanne, et
représentante syndicale SUD éducation. La rentrée et ses protocoles sanitaires
improvisés ont pesé un peu plus sur le climat déjà délétère au sein de
l’éducation nationale. « On avait demandé des classes à 30 élèves,
moi je me retrouve avec des classes à 35. On a toujours plus de classes, plus
d’élèves. Sur le plan sanitaire, les consignes sont très floues. Cela crée un
climat anxiogène », déplore-t-elle.
Des promesses gouvernementales qui tardent
Au front pendant la crise sanitaire,
Catherine peine elle aussi à voir les promesses gouvernementales se
concrétiser. « On attend toujours la prime Covid ! » s’insurge
cette aide à domicile et élue CGT chez Vivaservices. « Dans ma boîte,
ils nous ont proposé 15 euros… On a réussi à obtenir entre 175 et
300 euros, mais on reste loin des 1 500 euros promis au début ! » Sans
compter que les conditions de travail n’ont fait qu’ « empirer » depuis
le déconfinement. « On nous demande de désinfecter tous les points de
contact. Si on ne le fait pas, on risque le licenciement, mais on n’est pas
payées plus, pour ce temps de travail supplémentaire. »
Même amertume du côté de Sophie et Nathalie, employées
à l’assurance-maladie, et syndiquées CGT, qui n’ont pas ménagé leur peine pour
instruire les milliers de dossiers supplémentaires qui ont atterri sur les
bureaux de la CPAM du Rhône pendant le confinement, notamment avec les arrêts
pour garde d’enfants et les arrêts maladie des personnes vulnérables, avant que
le dispositif ne soit transféré au chômage partiel. « Le gouvernement
continue dans sa politique d’exonération de cotisations sociales, ils visent
clairement la disparition de la Sécu au profit des mutuelles privées. On n’a déjà
pas assez d’effectifs pour traiter les dossiers. Notre caisse nous a dit de
jeter à la poubelle tous ceux qui étaient en retard, et de prier les assurés de
refaire une demande. Certains n’ont pas été indemnisés pour des demandes faites
en novembre ! », pointe Sophie.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire