Au-delà de l’aide matérielle apportée par
la France, le chef de l’État a dit vouloir « changer le système » que Paris a
pourtant toujours soutenu.
La France a été l’un des premiers pays à réagir et à envoyer une aide
conséquente au Liban. Trois avions d’assistance humanitaire ont été affrétés. Avec
des équipes d’intervenants médicaux immédiatement opérationnels. « D’abord,
c’est un soutien de reconstruction, de proximité, d’empathie, un soutien
humanitaire immédiat dont on a besoin. L’heure est d’abord à panser les plaies
(…) et puis, ensuite, il faudra se poser les questions », affirmait le chef de
la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian, au lendemain de la catastrophe.
En arrivant à Beyrouth, hier, Emmanuel Macron s’est-il pris pour le général
de Gaulle ? Pour Napoléon ? Dès sa descente d’avion où il était accueilli par
le président Michel Aoun, il a envoyé un tweet (en français et en arabe, ont
précisé ses communicants), où il se voulait rassurant : « Le Liban n’est pas
seul. » Il s’est ensuite rendu dans les ruines du port de Beyrouth où étaient
entreposées, depuis des années, 2 700 tonnes de nitrate d’ammonium qui ont
explosé après un incendie. Il a ensuite fait le déplacement jusqu’au quartier
ravagé de Gemmayzé, près du port. L’inimaginable s’est alors produit. Alors
qu’une foule rassemblée scandait : « Aidez-nous ! Révolution ! » et « Le peuple
veut la chute du régime », le président français, comme un étudiant dans une
assemblée générale d’une fac en grève, a pris la parole pour annoncer qu’il
proposerait un « nouveau pacte politique » (sic) aux dirigeants libanais et
leur demanderait de « changer le système, d’arrêter la division (…), de lutter
contre la corruption ». Sur sa lancée, il a précisé qu’il reviendrait « pour le
1er septembre, et s’ils ne savent pas les tenir (les engagements – NDLR),
je prendrai mes responsabilités avec vous ».
Qu’un président d’un État étranger se permette de tels propos hors de son
pays serait susceptible de provoquer un incident diplomatique. Surtout de la
part de la France, ancienne puissance mandataire au Liban. D’autant que le
« système » dont il parle sans le nommer est confessionnel et, comme le rappel
Georges Corm (lire page 4), un legs pourri de la France, défendu et
soutenu par Paris depuis l’indépendance du pays du Cèdre. Avec, dans ce
système, un soutien avéré à l’un des camps, celui dominé par la famille Hariri
dont les liens avec l’Arabie saoudite ne sont plus à démontrer.
Le voyage du ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian,
au début du mois d’août, a bien traduit l’agacement de Paris. Dans un contexte
géopolitique particulièrement tendu, la France cherche à éviter une
déstabilisation du Liban qui menacerait ses intérêts et ses positions. Surtout,
ses « amis politiques » ont perdu la main : Saad Hariri n’est plus premier
ministre et son mouvement, le Courant du futur, a été étrillé lors des
dernières élections législatives. Sinon, pourquoi avoir attendu ces
catastrophes à répétition, économiques, sociales, politiques, voire militaires
pour dénoncer ce « système » ?
Enfin, les Libanais ont-ils vraiment
besoin d’un « sauveur » qui réunirait, comme cela a été fait hier, les
représentants des principaux partis politiques ? D’autant qu’ils réclament,
depuis l’automne dernier, de véritables réformes et un État basé sur la
citoyenneté, pas sur l’appartenance confessionnelle, clé de tous les maux
vécus. Alors que les Libanais tentent de panser leurs plaies, il n’est pas
certain que l’initiative d’Emmanuel Macron aide réellement le peuple du Liban
dans sa quête d’une société plus juste et non clanique.
Pierre Barbancey

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire