Emmanuel Macron a une nouvelle fois
contraint son premier ministre à faire sa déclaration de politique générale au
lendemain d’une intervention présidentielle, afin d’asseoir sa domination sur
le Parlement.
Jean Castex et Édouard Philippe partagent plus d’un point commun. Nommés
premiers ministre alors qu’ils étaient inconnus du grand public, ils ont
également vécu l’expérience de voir leur discours de politique générale
court-circuité par Emmanuel Macron. En 2017, le président de la République
s’était présenté devant le Parlement réuni en Congrès avant que son chef de
gouvernement ne prononce son discours de politique générale. Trois ans plus
tard, rebelote : Jean Castex a dû attendre ce jeudi 15 juillet pour faire
sa déclaration et se soumettre au vote de confiance des députés, contraint par
l’Élysée de s’exprimer après et seulement après l’entretien télévisé donné
mardi 14 juillet.
Ce n’est pas la première fois que, derrière ses promesses de changement, le
président continue dans les faits d’appliquer les mêmes recettes. Les gilets
jaunes et leur revendication concernant le référendum d’initiative citoyenne en
ont fait les frais. Emmanuel Macron avait annoncé, à la suite du mouvement, que
le nombre de signatures pour qu’ait lieu un tel processus allait être abaissé à
un million. Mais là encore, rien n’a bougé, et malgré le million de paraphes
récoltés au sujet de la privatisation ou non du groupe Aéroports de Paris,
aucun référendum n’a été organisé. Le seul annoncé « au plus
vite » par le président lors de son entretien concerne l’inscription
dans la Constitution de la lutte contre le réchauffement climatique, proposée
par la Convention citoyenne pour le climat, et dont le résultat risque peu de
déjuger l’Élysée.
Emmanuel Macron a par contre pour la
première fois reconnu publiquement qu’il avait renoncé à sa réforme
institutionnelle. « Je souhaite toujours réduire en particulier le
nombre de parlementaires », a-t-il déclaré mardi, tout en
reconnaissant en avoir été « empêché ». Par l’affaire Benalla, d’abord, qui a
surgi au moment même où le président sommait le Parlement de s’affaiblir et de
renforcer les pouvoirs de l’Élysée. Mais aussi par des désaccords politiques
avec nombre de parlementaires, notamment au Sénat. « Il y a un chemin
que la Constitution impose », évoque le président, qui précise
que « les contraintes politiques ne (lui) permettent pas de faire » cette
réforme. Une déconvenue qui n’a pas freiné Emmanuel Macron au moment de
concentrer les pouvoirs sur sa seule personne comme aucun autre président de la
Ve République avant lui, en instaurant un état d’urgence sanitaire alors
que les parlementaires siégeaient de façon restreinte.
Jules Fresard

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire